Un salarié d'un constructeur de camions de pompiers en train de donner son son à l'Etablissement français du sang (EFS).
Un salarié d'un constructeur de camions de pompiers en train de donner son son à l'Etablissement français du sang (EFS). - J-P.CLATOT / AFP

Aller vendre son sang. Ça, c'est ce qu'on peut entendre dans les films américains. Aux Etats-Unis, en Chine ou en Allemagne, donner son sang peut rapporter environ 50 euros, une somme que verse le groupe suisse Octapharma. En France, à part une collation, on ne gagne rien. Mais ça, c'était avant.

Depuis ce lundi 2 février, l'Etablissement français du sang (EFS) n'a plus le monopole du don du sang, jusque-là basé sur la gratuité. De quoi bouleverser le modèle de l'EFS,dont les salariés, qui dénoncent «une marchandisation du sang», manifestaient fin janvier devant le ministère de la Santé.

La justice européenne a tranché

L'objet de la discorde, l'EFS n'a plus l'exclusivité de la commercialisation du plasma SD, un plasma thérapeutique qu'elle produit. Le fruit d'un intense lobbying mené par le groupe suisse Octapharma devant les instances européennes. La première brèche s'ouvre avec une directive européenne en 2001. Les entreprises privées sont désormais autorisées à vendre des produits dérivés du sang.

La France joue les irréductibles et parvient à bloquer l'accès au marché français d'Octaplas, le plasma que souhaite commercialiser Octapharma dans l'hexagone. Mais le groupe suisse ne s'en laisse pas conter et saisit la justice européenne, qui tranche en sa faveur. En juillet dernier, le Conseil d'Etat se conforme à cette décision en reconnaissant le plasma modifié par la technique solvant détergent (SD) comme un médicament, signant ainsi la fin du monopole de l'EFS. L'établissement public, créé en 1998 après le scandale de l'affaire du sang contaminé, disposait jusqu'à présent du monopole de la collecte de sang, de plaquettes et de plasma, ainsi que celui de la commercialisation de produits sanguins peu transformés.

Garantir l'éthique et la sécurité

Anonyme, volontaire et gratuit, le don du sang en France est aussi régi par les principes de sécurité et d'éthique. Du côté de l'EFS, on craint que la rémunération du don n'entrave le principe de sécurité, avec des donneurs tentés de ne pas révéler certaines informations sur leur état de santé ou de donner trop souvent leur sang, au péril de leur santé. Les suppressions de poste sont aussi au cœur des préoccupations. Les syndicats redoutent «500 à 1.200» pertes d'emplois.

«Je comprends l’inquiétude qui se fait jour chez les bénévoles et chez les milliers de salariés de l’EFS», assure Olivier Veran, député PS de l'Isère et auteur d'un rapport sur la filière du sang remis en 2013 au Premier ministre. Le député estime que «seul l’acteur public EFS doit être habilité à collecter du sang en France, sans jamais déroger aux règles qui ont fait de la France un pionnier en matière d’éthique».

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