Illustration d'un homme incommodé par le bruit.
Illustration d'un homme incommodé par le bruit. - N.Hendrickson / Mood/REX/SIPA

Il y a ceux que le tic-tac de l'horloge rend dingues, ceux qui s'exaspèrent lorsqu'ils entendent un avion voler, ceux qui se raidissent au son d'une craie qui crisse sur un tableau ou d'un couteau qui grince contre une assiette. Et puis il y a les autres: ceux que l'exposition au bruit rend malades.

Une sensibilité exacerbée au bruit

Parmi les troubles les plus graves, il y a l’hyperacousie, une sensibilité exacerbée à l’environnement sonore, à des bruits d’une intensité normalement supportable. «C’est différent de la mysophonie, où une personne ne supporte pas un bruit spécifique, le bruit des talons de sa voisine par exemple», distingue le Dr Martine Ohresser, ORL spécialiste des acouphènes et de l’hyperacousie

Au premier rang des personnes les plus touchées par l'hyperacousie, on retrouve les musiciens et les personnes qui sont surexposées au bruit dans leur travail. «Mais aussi de plus en plus de personnes victimes de traumatismes sonores, de jeunes qui ont été exposés à des bruits de forte intensité en boîte de nuit ou en concert, et qui finissent par développer une hyperacousie», complète le Dr Ohresser. «Pour un sujet normal, le seuil d'inconfort au bruit se situe en général autour des 110 à 120 décibels (dB). Pour un sujet atteint d'hyperacousie, ce seuil peut être atteint dès 60 dB».

Réapprendre à tolérer le bruit

Trouble fonctionnel qui va de l'inconfort à la douleur, l'hyperacousie est handicapante, mais pas incurable. «Il faut commencer par éviter de surprotéger l'oreille, préconise le Dr Ohresser. C'est le mauvais réflexe, car plus le patient se protège et plus l'oreille est sensible.» Pour guérir de son hyperacousie, il faut donc réapprendre à tolérer le bruit. «Le patient va porter un appareil auditif qui génère un bruit blanc, dont on va progressivement augmenter le niveau», explique l'ORL. Au terme du traitement, le patient peut revenir à un seuil d'inconfort normal.

Mais le traitement médical n'est que la première étape vers la guérison. «Souvent, si l'hyperacousie dure longtemps, elle s'accompagne de phénomènes psychosociaux», indique le Dr Ohresser. En clair: d’une peur viscérale du bruit, qu'il faut traiter sur le plan psychologique. «La sophrologie et la thérapie cognitive et comportementale offrent de très bons résultats», conseille-t-elle.

Gérer sa phobie

Un chemin que doivent aussi emprunter ceux qui développent une phobie du bruit. «J’ai parfois de nouveaux patients qui viennent me consulter, pensant souffrir d’hyperacousie. Mais lorsque je démarre le bilan auditif et que je les interroge sur les bruits qu’ils ne supportent pas, je découvre en réalité qu’ils souffrent de mysophonie, ou de phonophobie», des troubles liés au bruit, mais qui sont d’ordre psychologique.

«J’ai eu le cas d’une patiente qui ne supportait pas le bruit du bracelet de sa collègue, se souvient le Dr Ohresser. Dans ce type de cas, ce n’est pas tant les bruits en eux-mêmes que leur signification qui incommode le patient». Le bruit, source de tensions ? «Assurément, estime l'ORL. Prenez les open spaces, où règne généralement un brouhaha ambiant. Le niveau de stress des personnes qui y travaillent a tendance à augmenter avec le niveau sonore.»

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