Le projet Biosantech de recherche sur un vaccin contre le sida est l'un des plus avancé.
Le projet Biosantech de recherche sur un vaccin contre le sida est l'un des plus avancé. - Biosantech

Un jour peut-être, parler «d’éradication du virus du sida» ne sera plus un grossier abus de langage. Les scientifiques osent d’ailleurs rarement prononcer ces mots, craignant une mauvaise interprétation. Plus que jamais, c’est avec une double paire de gants qu’ils évoquent les avancées thérapeutiques sur le sujet, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, lundi. «Il n’y a pas de guérison du VIH, tonne le professeur Brigitte Autran, immunologiste à la Pitié Salpêtrière à Paris. On n’a d’ailleurs jamais connu de guérison naturelle de la maladie* puisqu’aucun médicament n’est en mesure d’éradiquer le virus.»

A ce jour, il existe néanmoins des cas de rémission (et non de guérison) prolongée, regroupés en France dans la «cohorte Visconti». Elle réunit 14 patients séropositifs qui ont toujours du virus en eux mais le contrôlent sans médicament. «Ce succès intervient semble-t-il, quand ils ont été traités très tôt pendant plusieurs années, puis ont interrompu leur traitement, poursuit le professeur Autran. Ils vivent parfaitement bien, avec peu d’effets secondaires et de comorbidités.» Le mécanisme précis du contrôle observé dans la cohorte n’est pas encore identifié. Mais les résultats permettent d’en avoir une idée générale: lors de l’infection, le virus induit une très forte activation immunitaire qui lui facilite l’envahissement de l’organisme. En traitant très précocement, on limite cette propagation.

Un projet de vaccin avancé à Marseille

Parallèlement, une vingtaine d’essais cliniques sont en cours pour un vaccin thérapeutique. Tout l’enjeu est de produire un composé vaccinal qui soit capable d’induire les bons anticorps. A Marseille, l’équipe du docteur Jean De Mareuil semble la plus avancée puisqu’elle est la première à avoir reçu l’autorisation de passer en protocole d’essai de phase II. Lors de l’essai de phase I sur 48 séropositifs, aucun effet indésirable n’avait été constaté. En arrêtant leur trithérapie et en subissant une injection, plusieurs patients n’ont pas développé le virus pendant deux mois. «On ne sait pas combien de personnes sont concernées, mais c’est très prometteur», savoure ce virologue, directeur scientifique sur le projet Biosantech. Les résultats précis sont attendus pour la fin de l’année.

Dans la phase II, il s’agit de vérifier sur un plus grand nombre de patients (80) l’absence d’effets indésirables, un taux de virus indétectable après deux mois d’arrêt de trithérapie, et de déterminer quelle est la concentration la plus efficace du vaccin. Ceci, afin de détruire la protéine TAT qui empêche le système immunitaire de s'attaquer aux cellules touchées par le VIH. La diminution des cellules infectées devrait entraîner la stabilisation du taux de virus sans trithérapie. Dans ce cas, une éventuelle phase II b, avec une expérimentation à grande échelle, pourrait voir le jour. Mais il faudra attendre, au mieux, l’année 2018.

* En réalité, un seul cas de guérison a été obtenu au prix d’acrobaties thérapeutiques invraisemblables. Le patient, Thimothy Brown, souffrait parallèlement d’une grave leucémie. Il avait été traité avec deux greffes de cellules-souches soigneusement sélectionnées. Cette succession de greffes, combinées à des chimiothérapies, lui aurait permis de guérir.

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