Cancer: Comment lever le tabou de la sexualité chez les patients

SANTE Chez les malades, un homme sur deux et une femme sur dix abordent ces questions avec les soignants...

Romain Scotto

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Une patiente en attente d'un dépistage du cancer du sein, le 3 octobre 2013 à Bordeaux.

Une patiente en attente d'un dépistage du cancer du sein, le 3 octobre 2013 à Bordeaux. — SERGE POUZET/SIPA

«Prière de toucher». Cette fois, il ne s’agit pas de l’une des célèbres œuvres de Marcel Duchamp, mettant en scène un sein nu. Mais bien du buste réel d’une femme atteinte d’un cancer, contrainte de procéder à une ablation mammaire. Cette campagne de sensibilisation, bien connue des médecins, soulève la question taboue de la sexualité des malades. Selon une récente étude Vican II, publiée par l’Institut national du cancer (Inca), seul un homme sur deux et une femme sur dix abordent ces questions avec l’entourage médical. Un réel problème pour le docteur Daniel Habold, sexo-oncologue à Chambéry, qui dénonce l’absence de «vision transversale» de la maladie.

«Apprendre qu’on a un cancer, c’est un tsunami. On touche à l’intimité, à la confiance en soi. Cela bouleverse l’équilibre du couple», décrit Bernard Delcour, atteint d’un myélome. Pire, le diagnostic d’un cancer est très souvent vécu comme la fin d’une vie sexuelle par le patient, surtout quand sa maladie touche la sphère gynécologique, urologique ou digestive. Les traitements, comme une chimiothérapie, ont souvent des effets secondaires lourds sur la libido. Quelque 53% des malades interrogés déclarent avoir observé une diminution de leur désir sexuel, voire une disparition (22,4%). Or les médecins s’accordent à dire que la «santé sexuelle» (regroupant les troubles du désir, de l’excitation et la perturbation des rapports) reste l’un des leviers essentiels du bien-être du patient.

«La vie en couple protège du cancer»

Pour le docteur Pierre Bondil, chirurgien urologue, il est essentiel de préserver «ces petits moments de bonheur», d’encourager la «câlinothérapie» pour accompagner le malade sur le chemin de la guérison. Sa méthode est limpide: «Si on fait attention à la qualité de vie, on améliore l’observance des traitements et donc on améliore le traitement lui-même». Le spécialiste va même jusqu’à affirmer que «la vie en couple protège du cancer» dans la mesure où les patients esseulés ont statistiquement plus de chances de développer des métastases et de succomber à la maladie.

D’une manière générale, c’est pourtant l’attitude des soignants, et non des patients, qui est dénoncée. Lors de l’annonce d’un cancer, ceux-ci abordent les conséquences du traitement, notamment en matière de fertilité. Beaucoup moins la libido, l'épanouissement sexuel. «Là-dessus, le silence s’est installé. Pourtant le patient aimerait qu’on lui en parle. Il veut savoir s’il aura de nouveau des rapports à son retour à la maison. Et si oui, comment», poursuit Pierre Bondil, qui aide à améliorer la formation des soignants sur le sujet au sein de l'association francophone pour les soins oncologiques de support (Afsos). Au-delà du dialogue permettant au malade de ne plus se sentir seul, le recours au médicament (pour les troubles de l’érection notamment), à une prothèse, voire à une psychothérapie, aident parfois à accepter un corps malmené par la maladie. Et à renouer avec une sexualité épanouie.