Thierry Casasnovas, de l'association Vivrecru, défend l'alimentation crudivore dans ses vidéos diffusées sur Youtube.
Thierry Casasnovas, de l'association Vivrecru, défend l'alimentation crudivore dans ses vidéos diffusées sur Youtube. - Capture d'écran/20Minutes

Chaque semaine, Thierry Casasnovas prend la pose, face caméra, pour exploser les compteurs de vues sur Youtube. Sa chaîne compte désormais plus de 20.000 abonnés, friands de ses conseils d’autodidacte de la nutrition. En quelques années, il est devenu le chef de file du crudivorisme, cette tendance à ne manger que des aliments crus pour recouvrer ou rester en bonne santé, selon lui. Malade, il a vu dans cette façon de se nourrir «sa dernière chance», il y a sept ans. Désormais à la tête de l’association «Vivre cru», il répond aux interrogations concernant cette pratique, ainsi qu’à ceux qui le comparent à un gourou.

Êtes-vous étonné du succès grandissant de vos vidéos?

Je suis étonné car il n’y avait rien de prémédité. Je faisais ça dans mon coin au fond de mon jardin. Sans moyens. Après, ça s’inscrit dans l’air du temps. Quand on n’a pas le résultat attendu, on se pose des questions et on remet en cause les modèles. Moi je n’ai pas inventé grand-chose. Je ne suis qu’un compilateur, répétiteur, j’ai appris de certaines personnes.

Vous évoquez une façon de «démissionner des systèmes qui nient les besoins physiologiques de l’homme»…

Je ne suis pas révolutionnaire, ni conspirationniste. Par contre, on se rend compte que nombre de pathologies sont liées à nos rythmes de vie. Tout est orienté dans le sens d’une production, d’un résultat. Ces processus créent la maladie, le déséquilibre. Le gars qui fait un burn-out va obligatoirement réfléchir à ce qu’il fait et ce qu’il mange.

Vous dites que l’homme n’est pas omnivore…

Il est capable de manger de tout. Je démontre que l’alimentation moderne est la source de tous les dérèglements et la majorité des maladies. Je pense que l’humain est plus du type frugivore, ce qui veut dire qu’il se nourrit essentiellement de fruits et légumes et un peu de produits animaux, occasionnellement.

Quels dangers y a-t-il à adopter cette alimentation?

En théorie, il n’y en a pas. En pratique, il y a quelques ratés. Ça ne marche pas à 100 % pour tout le monde tout le temps. La plupart du temps, le facteur limitant est l’épuisement de la personne. Plus elle est épuisée, plus elle aura besoin d’être soutenue par des processus artificiels comme les médicaments. Après, manger des fruits et légumes pour que tout marche bien, c’est faux. Pour beaucoup, c’est très profitable. Pour d’autres, ce n’est pas négatif, mais cela ne fait pas trop avancer.

Les médecins parlent d’un risque de saturation des aliments…

Les légumes, racines, effectivement ce n’est pas facile à digérer. Mais si on part sur des fruits et légumes tendres, il y a moins de problèmes. Par ailleurs on utilise beaucoup de jus de légumes pour éviter d’avoir les fibres et en tirer la partie nourrissante. Concernant la variété, c’est un a priori. Je peux vous lister la variété de fruits que je mange au fil des saisons, je pense que le différentiel est plutôt du côté du crudivorisme.

Et le risque de perdre le plaisir de manger?

Si quelqu’un se dit: «Ah, mais je ne vais plus jamais manger de pizza», je lui dis: «Attention, si tu raisonnes comme ça, ça ne va pas marcher.» Le corps n’aime pas la privation. Ce que je dis aux gens, c’est de faire un petit essai pendant trois semaines. Vous essayez et vous voyez.

Vous donnez beaucoup de conseils sans être médecin. Avez-vous des diplômes?

Je n’en ai pas, si ce n’est celui d’une école américaine de naturopathie et d’iridologie. C’est le diagnostic par l’étude des yeux et des marques nerveuses. Après, tout jeune, j’ai appris l’herboristerie et j’ai beaucoup lu sur la physiologie. Je n’ai pas les connaissances d’un médecin et je ne prétends pas rivaliser. J’ai un regard plus général, je considère les choses dans leur ensemble.

Quand vous présentez des extracteurs de jus, le crudivorisme devient aussi un business…

Il y a un secteur commercial dans l’association. On propose des stages crudivores avec le logement et la nourriture. On est quasiment déficitaires là-dessus. Pour gérer ça, il faut un secteur qui ramène de l’argent. Effectivement, on a fait le choix de proposer aux gens des produits que nous soutenons. Nous en tirons une petite commission qui nous permet de vivre en tant qu’association.

Dans Google, la 4e occurrence associée à votre nom est «gourou». Êtes-vous en croisade?

Non, je ne prêche pas une parole. Je n’ai pas d’ennemi si ce n’est l’ignorance. Il y a obligatoirement des gens qui me reprochent des choses. Les mots qui sortent sont gourou et secte, oui. C’est rapidement démonté car il faudrait que nous prenions de l’argent aux gens. Nos vidéos sont gratuites, tout est offert, sans droit d’entrée. Gourou, ça me fait rigoler. Je ne me vois pas comme ça. Je partage ce que j’aime, c’est tout. Il est vrai que le format des vidéos n’aide pas. C’est long, j’aime parler. Je peux comprendre que certaines personnes me voient comme ça. J’essaie de faire en sorte que ce ne soit pas le cas.

Êtes-vous politisé?

Je ne suis pas un partisan des extrêmes, loin de là. Mais je ne suis pas politisé et j’essaye de l’être le moins possible parce que je pourrais me faire récupérer. Je suis un peu naïf.

Vous semblez encore maigre aujourd’hui, êtes-vous en bonne santé?

Oui. Il y a sept ans, j’ai vécu un amaigrissement important, une tuberculose. J’ai mis quelques années pour reprendre du poids, mais je reste un petit gabarit, ce n’est pas maladif. Là, je suis à 55kg. Certains me disent que si j’étais plus musclé, je serais plus écouté. Mais je ne le crois pas.

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