Qu’elles soient nationales, européennes ou mondiales, les journées du don d’organe ne parviennent pas encore à endiguer la pénurie de greffons dans les hôpitaux. Chaque année, les chirurgiens de la transplantation regrettent le manque d’organes alors que plus de 17.000 malades attendent actuellement une greffe. Dans 94% des cas, l’organe salvateur provient d’un donneur en état de mort encéphalique au moment du prélèvement. Mais la recherche planche sur d’autres pistes, portant sur notamment les «xénogreffes» ou greffes interespèces.

Interdites en France en tant que telles, elles pourraient résoudre un jour le problème de la pénurie, même «s’il y a des progrès scientifiques immenses à réaliser avant de l’envisager», calme d’emblée le professeur Renard, diabétologue au CHU de Montpellier. L’idée de greffer un organe animal sur l’homme date pourtant de 1905, lorsqu’un médecin lyonnais avait tenté d’implanter un rein de chèvre sur une femme. L’opération s’était conclue par un rejet brutal, comme d’autres expériences, notamment avec des organes de singes.

Des transplantations porcines envisagées pour les diabétiques

Désormais, c’est avec le cochon que l’espoir d’une transmission d’organes est le plus grand. Il y a quelques années, les scientifiques avaient créé des porcs «OGM», dont un gène impliqué dans le rejet a été modifié. Des gènes humains leur ont aussi été ajoutés. Mais l’expérimentation des greffes sur des singes s’est traduite par un échec puisque l’espérance de vie des animaux transplantés est restée très faible. Cela n’empêche pas certains pays comme les Etats-Unis, Israël ou la Suisse de poursuivre leurs phases d’expérimentations.

Récemment, deux professeurs de l’hôpital de Genève ont promis que des transplantations de porcs sur des patients diabétiques de type 1 seraient possibles avant 2017. Il ne s’agit pas de greffer un rein porcin en tant que tel à un humain mais des amas de ces cellules pancréatiques, appelés îlots de Langerhans. Le pancréas du cochon sécrétant une insuline quasi identique à celle de l’homme.

Encapsulation et transformation des cellules souches

Pour Eric Renard, cette voie de recherche pourrait passer par la pratique des «encapsulations». Les cellules naturellement sécrétrices de substance seraient enveloppées ou «encapsulées» dans une membrane préalablement implantée chez des patients pour permettre le relâchement de la substance en question. «Les cellules greffées seraient ainsi placées à l’abri du système immunitaire et de l’organisme humain», précise le diabétologue tout en restant prudent.

Une autre piste porte sur ce que les spécialistes appellent «la transdifférenciation» de cellules-souches. Il s’agit de la transformation de cellules généralistes fœtales en cellules spécifiques (cardiaque, rénale, ou pancréatique). «Des cellules-souches animales dérivées en cellules différenciées greffables chez l'homme, pourquoi pas, souffle le diabétologue. Il faudrait néanmoins qu'elles soient tolérées par l’organisme humain. Mais, toute cette ingénierie tissulaire reste du domaine de l’exploration.» En matière de xénogreffes, la science n’a pas encore franchi le stade de la recherche fondamentale. Un préalable indispensable avant d’envisager l’étape clinique et une éventuelle modification de la loi.