Denis Truptin a dit au revoir aux bobines 35 mm, remplacées par des serveurs et disques durs.
Denis Truptin a dit au revoir aux bobines 35 mm, remplacées par des serveurs et disques durs.

Jérôme Gicquel

Installé devant son ordinateur, Denis Truptin, projectionniste à l'Arvor, lance d'un simple clic ce lundi après-midi la séance du film Cosmopolis de David Cronenberg. Depuis quelques semaines, le cinéma a tourné la page de l'argentique et des bobines 35 mm pour rentrer dans l'ère du tout-numérique. Le Ciné-TNB, l'autre cinéma d'art et essai rennais, avait ouvert la voie en début d'année. « Nous étions obligés d'y passer, contraints et forcés, car, désormais, la grande majorité des films ne sont disponibles que sur supports numériques », souligne Jacques Frétel, programmateur des deux cinémas. Cette mutation technologique n'est toutefois pas sans conséquence sur le métier de projectionniste. « On est passés d'un statut de mécanicien-électricien à celui d'informaticien », ironise Denis Truptin.

Une cabine conservée
Contrairement à certains de ses collègues, Denis Truptin n'affiche aucune nostalgie. « Je vais au moins soulager mon dos car les bobines qu'on soulevait pesaient au moins 25 kilos. Et puis, c'est quand même plus simple et il n'y a plus de perte concernant la qualité de l'image et du son », indique le projectionniste, qui opère depuis plus de 25 ans à l'Arvor et 18 ans au festival de Cannes. Tout étant désormais automatisé, Denis Truptin s'efforce tout de même d'effectuer certaines tâches manuellement, notamment l'éclairage des salles. « J'essaie de garder ce lien car sinon ce serait effrayant, on n'aurait plus rien à faire. C'est déjà le cas dans certains multiplexes où ce sont les caissiers qui lancent les séances directement depuis leur guichet. » Ce passage au numérique ne signifie pas pour autant l'abandon pur et simple de l'argentique à l'Arvor. « Nous avons tout de même gardé une cabine 35 mm. Pas dans un esprit passéiste ou pour l'objet collector mais parce que certains films dits “de patrimoine” n'ont pas encore été numérisés. Idem avec certains films étrangers qui sont présentés dans le cadre du festival Travelling », indique Jacques Frétel.