VIDEO. Bretagne: 40 ans après le naufrage, l’Amoco Cadiz refait surface dans une BD

LITTERATURE Dans «Bleu Pétrole», Gwenola Morizur retrace l’histoire d’un maire mobilisé…

Camille Allain

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L'épave de l'Amoco Cadiz, échoué au large de Portsall, dans le Finistère, en 1978. Lancer le diaporama

L'épave de l'Amoco Cadiz, échoué au large de Portsall, dans le Finistère, en 1978. — Boccon-Gibod / SIPA

« Le pire, c’était le silence. On n’entendait plus la mer, plus les oiseaux ». Nous sommes le 17 mars 1978 et l’Amoco Cadiz dégueule son pétrole sur le littoral du Finistère. Privé de son gouvernail, bloqué, le pétrolier de 234.000 tonnes est venu s’échouer dans la nuit au large de Portsall. Alphonse Arzel, maire de la commune de Ploudalmézeau, est l’un des premiers à arriver sur les lieux du drame. Il ne le sait pas encore, mais l’une des pires catastrophes écologiques françaises se déroule sous ses yeux. Ce naufrage deviendra le combat de sa vie.

Alphonse Arzel a incarné pendant près de 20 ans le combat des Bretons qui ont traversé l'Atlantique pour obtenir justice après la marée noire de l'Amoco Cadiz en 1978. Il est décédé en 2014 à l'âge de 86 ans,
Alphonse Arzel a incarné pendant près de 20 ans le combat des Bretons qui ont traversé l'Atlantique pour obtenir justice après la marée noire de l'Amoco Cadiz en 1978. Il est décédé en 2014 à l'âge de 86 ans, - Fred Tanneau AFP

Près de 40 ans plus tard, sa petite-fille retrace dans une bande dessinée le parcours de ce paysan devenu maire à la surprise de tous. « Je me suis inspiré de cette histoire avec laquelle j’ai grandi. C’est une histoire qui fait du bien, elle donne de l’espoir », raconte la Rennaise Gwenola Morizur, auteure de la BD Bleu Pétrole, qui sort ce mercredi chez Grand Angle.

« Je revois une foule énorme »

Accompagnée de l’illustratrice Fanny Montgermont, la jeune femme raconte le long combat de son grand-père et de quelques maires ruraux pour faire payer le géant américain Amoco Transport. En 1992, certains d’entre eux feront le déplacement jusqu’à Chicago pour un procès-fleuve qui verra l’armateur condamné à verser 1.257 millions de francs. « Je me souviens qu’il avait organisé une grande fête sur la plage. Les gens chantaient. Avec mes yeux d’enfants, je revois une foule énorme », se souvient Gwenola Morizur, aujourd’hui âgée de 35 ans.

Pour relater cette longue affaire qui a marqué toute la Bretagne, l’auteure a préféré romancer et s’inspirer du quotidien de sa famille, plutôt que de s’aventurer dans une bande dessinée historique. « J’ai beaucoup parlé avec mon grand-père et avec ma famille, mais j’ai gardé beaucoup de suppositions sur ce qu’il a pu ressentir ».

« Ça fait remonter tous les souvenirs »

Décédé en 2014, son grand-père avait eu le temps de lire le scénario et même de voir les premiers croquis réalisés par Fanny Montgermont. « Quand on parle de l’Amoco Cadiz, ça fait remonter tous les souvenirs des gens qui ont connu une marée noire. Même les ados, qui n’ont jamais vu ça, nous interrogent beaucoup quand on va dans les établissements. C’est l’occasion de parler du pétrole et de ses usages au quotidien », explique Fanny Montgermont.

Fanny Montgermont et Gwenola Morizur signent la bande dessinée
Fanny Montgermont et Gwenola Morizur signent la bande dessinée - C. Allain / APEI / 20 Minutes

L’occasion, aussi, de revenir sur l’une des pires marées noires de l’histoire. Et de se souvenir qu’à l’époque, tout le monde suppliait : « Plus jamais ça ».