Bernard Tardivel (à gauche) et Jean-Pierre Vivier sur la vigne de Saint-Suliac où ils ont planté des ceps donnant du vin rouge.
Bernard Tardivel (à gauche) et Jean-Pierre Vivier sur la vigne de Saint-Suliac où ils ont planté des ceps donnant du vin rouge. - C. Allain / APEI / 20 Minutes

« C’est un petit paradis ici. Il fait toujours doux ». Sous un petit crachin froid particulièrement désagréable, Jean-Pierre Vivier garde le sourire. Avec quelques membres de son association de vignerons, il est venu entretenir les 700 pieds de Chenin qui poussent depuis une quinzaine d’années sur les hauteurs de Saint-Suliac, avec une vue imprenable sur la Rance.

Oui, on fait du vin en Bretagne. Ici, mais aussi à Quimper, des passionnés produisent du vin blanc, comme le faisaient quelques moines au Moyen Age.

Un cépage robuste

Si elle bichonne ses ceps de raisin blanc, la trentaine de vignerons est encore plus attentive à la partie haute de son clos. C’est là que poussent depuis trois ans 400 pieds de Rondo, un cépage robuste donnant un vin rouge puissant. Car c’est là le petit événement. D’ici quelques mois, les vignerons du mont Garo vendangeront et produiront une cuvée de vin rouge. Une première sans doute depuis des siècles en Bretagne administrative (la Loire-Atlantique en produit déjà).

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Si le raisin a disparu de la péninsule, c’est que Colbert a préféré y planter des pommiers au XVIIe siècle, afin de produire du cidre, avant que les derniers ceps ne soient terrassés par des maladies. « On a des écrits qui montrent qu’il y a eu du vin ici. L’un des plus réputés de la région », assure Jean-Pierre Vivier. Il y a quatre ans, son association a décidé d’arracher la partie haute du coteau, pour y planter le fameux cépage Rondo. « Nous n’avions pas de bons résultats et souvent des maladies. On a voulu tenter quelque chose », raconte Bernard Tardivel, le maître de chai de l’association.

Un vigneron bichonne un pied de vigne de Chenin à Saint-Suliac (Ille-et-Vilaine)
Un vigneron bichonne un pied de vigne de Chenin à Saint-Suliac (Ille-et-Vilaine) - C. Allain / APEI / 20 Minutes

Achetés en Allemagne sur les conseils d’un vigneron professionnel d’Anjou qui les accompagne, les ceps de Rondo sont réputés plus robustes et sont utilisés dans les pays nordiques et les îles anglaises. Curieux, Jean-Pierre et Bernard en ont planté dans leur jardin, et l’ont vinifié l’an dernier. « On tient quelque chose de puissant, fruité et tannique. C’est prometteur », assurent les retraités.

« Il y a de l’excitation »

A quelques mois de premières vendanges historiques, on sent les vignerons impatients de voir le raisin apparaître. « Il y a de l’excitation, c’est évident. Mais il n’y aura de la fierté que si le résultat est satisfaisant. Nous avons besoin d’apprendre. Le vin rouge, c’est une découverte pour nous », tempère Jean-Pierre Vivier.

Les vignerons ne délaissent pas pour autant leur vin blanc. Si le résultat n’a visiblement pas toujours été au rendez-vous, le Chenin est bichonné depuis deux ans. « Le vin est frais et fruité, avec un nez un peu discret, sur les fruits blancs, puis sur les agrumes confits et une bouche souple en attaque puis fraîche. Il possède une bonne persistance », leur a décrit un étudiant sommelier. Oui, la Bretagne fait du vin.

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