Laurent Paganelli (à d.) avec l'ancien Lillois Eden Hazard, en décembre 2011.
Laurent Paganelli (à d.) avec l'ancien Lillois Eden Hazard, en décembre 2011. - A. Reau / Sipa

Avant le OM-Rennes de vendredi (20 h 30), qui mieux que Laurent Paganelli pouvait parler de Rolland Courbis ? Plus qu’un « ami de trente ans », l’entraîneur marseillais du Stade Rennais est considéré comme un « grand frère » par le consultant vedette de Canal+, qui a joué sous ses ordres à Toulon dans les années 1980…

On imagine que vous connaissez Rolland Courbis sur le bout des doigts…

On croit toujours le connaître, mais il te surprend toujours

Justement, le voir coach du Stade Rennais, ça vous a surpris ?

Oui et non. Oui, parce que je ne pensais pas qu’il allait signer précisément à Rennes, je n’avais même pas eu d’échos. Maintenant, qu’il soit entraîneur du SRFC, ça ne me surprend pas du tout. Les gens autour paraissaient vraiment étonnés, mais moi, sincèrement, non.

Même s’il a rarement œuvré au nord de la Loire…

J’ai vu Rolland signer à Lens, alors qu’il les avait traités de « pingouins » un an avant (rires). Plus sérieusement, quand il sent un truc, il y va. Contrairement à ce qu’on peut penser, c’est un émotif. Il a besoin de chaleur humaine. C’est un « tactile », il aime les gens. On dit toujours que c’est de l’arrogance, qu’il va jouer un numéro et puis, il verra ce qui se passe. Non, il a besoin d’être charmé, désiré. Quand il va quelque part, ce n’est jamais sur un coup de tête. Et s’il y va, c’est qu’il sent qu’il y a un truc à faire.

Quand avez-vous appris à le connaître ?

Je le connaissais en tant qu’adversaire lorsqu’il jouait à Monaco, mais je l’ai connu à fond à Toulon durant cinq-six ans [1983-1988]. Il a été à la fois mon coéquipier, mon entraîneur, mon directeur sportif, mon agent et mon président (rires). J’ai fait la route avec lui pendant des heures, il m’emmenait à Merano, des trucs comme ça. J’ai beaucoup appris de Rolland, dans la connaissance du foot, dans le contact avec les gens, dans l’humour, bien sûr. Tu es obligé de puiser dans la cassette tellement il est exceptionnel. Mais ce n’est pas une relation plane non plus. J’ai eu des moments de joie et des moments chauds. Avec Rolland, il y a des jours d’orage et des jours de beau temps. C’est le Tour de France (sic), et c’est ça qui est bien. Avec lui, tu peux aller très loin dans tous les domaines.

Vous avez récemment évoqué ses causeries toulonnaises, que vous enregistriez avec un petit magnétophone…

C’était fantastique. Quand tu le côtoies au quotidien et dans des moments privilégiés, c’est Raimu. Et Dieu sait si je respecte Raimu, dans le sens où il y a de l’intelligence, de la vivacité, de la répartie. Dans ce qu’il dit, il faut lire entre les lignes. Rolland, c’est du très haut niveau. C’est le Depardieu du foot. À l’époque, j’étais souvent remplaçant, il me rentrait dedans, mais je n’en garde que des bons souvenirs. Je suis redevable de tout ce qu’il m’a apporté.

« Si tu ressembles à Sim, il va te dire que tu ressembles à Alain Delon, et que tu peux aller draguer Claudia Schiffer ou Rihanna »

Lors de sa première conférence de presse comme entraîneur du Stade Rennais, il a parlé de « Courbix ». Une référence à votre parodie d’Astérix et Obélix en 1998, finalement ?

Qu’est-ce que j’avais rigolé… Quand il met la première gifle au Romain, le gars a traversé le décor et a tout cassé. Il ne voulait plus revenir (rires) ! J’ai pleuré comme jamais je n’ai pleuré de ma vie. On était vraiment dans la bande dessinée, avec le Romain qui ne veut pas en prendre une deuxième ! Ce jour-là, c’était du lourd, c’est le cas de le dire. Et aujourd’hui, quand je fais les matchs du PSG, Laurent Blanc m’appelle « Paganix » [Paganelix dans la version originale]. C’est resté dans la réflexion des gens. De toute façon, tout ce que fait Courbis ne peut pas passer inaperçu.

Vous vantez ses compétences tactiques, mais également psychologiques…

J’en reviens toujours au match où l’OM est mené 0-4 à la mi-temps par Montpellier, puis gagne finalement 5-4. J'ai aussi connu des discours de Coupe de France, où il te faisait monter en puissance pour renverser des montagnes. Il a cette capacité à transformer un groupe. Cette saison, il peut finir 2e. Tu ne sais pas pourquoi, mais il peut le faire. Lui, même avec cinq points de retard à une journée de la fin, il va te faire croire que c’est possible, en t’expliquant que les autres vont perdre sur tapis vert, etc. (rires) L’impossible est faisable avec Rolland. Si tu ressembles à Sim, il va te dire que tu ressembles à Alain Delon, et que tu peux aller draguer Claudia Schiffer ou Rihanna, ou piquer la femme de Piqué (sic).

Votre « légende » en tant qu’homme de terrain a commencé quand Rolland Courbis coachait l’OM…

Ça m’a vraiment servi, et puis Canal, qui était plus PSG, avait aussi besoin de quelqu’un proche de l’OM et de Rolland. Ça ne pouvait pas mieux tomber pour eux.

Vous êtes tiraillé du coup pour vendredi, avec l’OM d’un côté et Courbis de l’autre ?

Non, pas du tout. Je ne suis pas dans ce trip-là, mais je me languis de voir ça. Je sais que Rolland va nous trouver quelque chose. Il va peut-être faire jouer Dembélé dans les buts (rires). Il ne peut pas rester « classique » pour un match comme ça. Ou s’il le fait, c’est qu’il a vraiment progressé (sourire). Il sait que le point faible de l’OM, c’est sa charnière centrale, donc il est capable de mettre trois mecs devant dans l’axe.

« Si je devais le résumer en un mot ? "Irremplaçable" »

Pour lui, le fait de ne pas avoir remporté le titre en 1999 avec Marseille, ou la Coupe de l’UEFA, cela reste une blessure personnelle ?

La Coupe d’Europe, c’était plus compliqué, même s’il les a quand même amenés en finale. Pour le championnat, il était plus déçu pour l’entourage, le club, la ville… que pour lui-même. Il aurait aimé partager ce titre avec le public. Ce n’était pas personnel, c’était un tout. Sa mère lui avait toujours dit : « Ne va pas à Marseille, ça va être terrible. » Mais lui voulait que l’OM, après les années Tapie, retrouve les sommets, et il avait mis les moyens au niveau des joueurs. Il a raté deux ou trois matchs qu’il ne raterait pas aujourd’hui.

Aurait-il aimé continuer plus longtemps à l’OM ?

Il ne pouvait pas, même si une semaine ou quinze jours avant son départ, il bat le grand Manchester United à la maison. Ce qui était dur à maîtriser pour Rolland à Marseille, c’était l’environnement. Le public est souvent plus sévère avec les Marseillais qu’avec les gens de l’extérieur. Rolland s’était tellement donné, qu’il a pris des coups de bambou. Il va chercher loin physiquement et émotionnellement, et à un moment, il a besoin de la soupape. Il n’avait pas la capacité d’être bouffé tous les jours par l’environnement.

Malgré les années, un retour à Marseille constitue-t-il toujours un moment particulier pour lui ?

Oui, toujours. Il se fait toujours une fierté d’y venir faire un truc avec l’équipe qu’il dirige. Il y a deux choses dans sa vie : le football et Marseille. C’est en lui, et tu ne peux pas les enlever. Pour Rolland, rentrer au Stade Vélodrome, ça reste quelque chose de fort.

Quel est votre meilleur souvenir avec Rolland Courbis ?

C’est justement d'être allé gagner à Marseille, avec Toulon [2-3, en février 1986]. En plus, j’avais marqué, alors qu’une semaine avant, on avait perdu en 32es de finale de Coupe de France contre une DH [l’AS Évry]… Pour lui, c’est important de faire quelque chose à Marseille, et il le fera sentir au groupe du Stade Rennais, vendredi.

Si vous deviez le résumer en un mot ?

« Mon Obélix à moi »… Non mais, c’est difficile, parce que Rolland, c’est une maxi-tête… En un mot ? « Irremplaçable ». C’est un puits de connaissance, avec un vécu énorme. Grâce à lui, j’ai beaucoup appris sur le football, sur la vie, la dérision. Pour moi, il est comme un guide, même si je ne le croise ou ne l’appelle pas. C’est quelque chose d’intérieur et d’important.

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