Elle aura passé 350 ans au repos, enfermée dans son cercueil de plomb enfoui sous le couvent des Jacobins, au milieu de centaines d’autres morts. Réveillée par les travaux du futur centre de congrès, Louise de Quengo a réservé une immense surprise aux archéologues de l’Inrap (Institut de recherches archéologiques préventives) présents sur le chantier de fouilles. A l’ouverture de sa sépulture, les chercheurs ont découvert un corps dans un état de conservation exceptionnel. « On a vu des chaussures, des tissus… Le textile était encore souple, c’était incroyable », raconte Rozenn Colleter, anthropologue à l’Inrap. Les cheveux sont encore présents, là où l’on ne trouve d’ordinaire que des os et des dents.

Avant elle, quatre autres cercueils en plomb avaient été découverts sous le couvent. - Inrap

Grâce à de vieux écrits et au reliquaire du cœur de son mari enterré à proximité, les chercheurs ont pu connaître l’identité de la défunte. Louise de Quengo était la fille de la famille Bourgneuf de Cucé, qui siégeait alors au Parlement de Bretagne. « L’une des familles les plus importantes de Rennes et de la région », selon un historien.

La putréfaction stoppée pendant 350 ans

Si la nouvelle n’a été rendue publique que mardi à Rennes, la découverte de son corps remonte, elle, à mars 2014. « Nous avons d’abord réalisé un scanner pour voir ce qui se cachait sous les tissus. C’est là que nous avons compris l’ampleur de la découverte », poursuite la chercheuse de l’Inrap. Le corps de Louise de Quengo, enterrée dans son cercueil de plomb depuis 1656, a alors été emmené au CHU de Toulouse pour être autopsié par des médecins-légistes dans les délais les plus brefs. « La putréfaction avait été stoppée pendant 350 ans. Mais une fois sorti de la sépulture, nous avions 72 heures pour agir », commente Fabrice Dedouit. Le sarcophage en plomb, intact à sa découverte, a préservé la défunte des attaques des insectes notamment.

Les trois coiffes portées par Louise de Quengo ont été nettoyées et reconstituées. - C. Allain/APEI/20 Minutes

A la découverte du corps, le médecin légiste du CHU a lui aussi été surpris. « Nous avons des corps morts depuis quelques semaines qui sont en moins bon état que ça ». Grâce à une autopsie et un autre scanner, les scientifiques ont appris que le cœur de la femme lui avait été ôté à sa mort, et que la défunte, probablement décédée aux alentours de 60 ans, souffrait de calculs rénaux. « Nous avons aussi vu qu’elle souffrait d’une infection pulmonaire, peut-être de la tuberculose. Si jamais on identifiait le génome de la maladie, ce serait une avancée considérable pour la médecine », avance Rozenn Colleter.

Une partie de la robe portée par Louise de Quengo. - C. Allain/APEI/20 Minutes

Les vêtements qu’elle portait dans son cercueil ont également été soignés. Nettoyés, ils ont été acquis par le musée de Bretagne, qui pourrait un jour les exposer. Conservé dans un congélateur à Toulouse, le corps de Louise de Quengo sera inhumé au cimetière du Nord à Rennes, dans un délai de trois mois. Le chantier du centre des congrès s’achèvera lui en 2017.