La route vers l’Elysée reste donc une histoire de conviction personnelle. François Hollande, vainqueur des primaires, le sait mieux que quiconque. Fin du mois de janvier 2011, le député de Corrèze descend en TGV à Saint-Etienne pour animer un meeting de la campagne des cantonales de la Loire. Seul un journaliste parisien fait le déplacement. Tout le monde a alors les yeux braqués sur Dominique Strauss-Kahn, le favori des sondages, personne ne mise sur l’ancien Premier secrétaire, crédité de 2 à 3% des intentions de vote. Sauf lui, enfin libre. «Par ma position, je me suis beaucoup consacré aux bisbilles internes pendant plus de dix ans. Aujourd’hui, je fais entendre ma parole sur une attitude, une démarche, des propositions», explique Hollande.
Travailler son image et ses idées
Finies les responsabilités du PS, oubliée la Ségolènemania qui lui avait coupé l’herbe sous le pied en 2006, disparue l’ombre encombrante du «grand frère», Lionel Jospin… L’homme de la synthèse laboure enfin son propre sillon vers l’Elysée. Avec méthode. Il s’est d’abord imposé une cure de silence, puis a travaillé son image (amaigrissement, nouvelles lunettes, nouveaux costumes) avant de faire le tour des fédérations dès l’automne 2010. Sur le fond, il teste ses idées : la réforme fiscale, la jeunesse… «Pour les Français, le plus important c’est la promotion de leurs enfants. ils sont très inquiets pour eux», prédit-il avant de conditionner sa candidature à sa réélection à la tête du Conseil général de Corrèze. «Il m’est très difficile de prétendre être candidat à la présidence de la République si je n’arrive pas à convaincre mes électeurs au niveau départemental», analyse-t-il. «Je n’en dors pas la nuit », ironise Aubry sur ce faux-suspense.
Une campagne à la Chirac
Réélu, Hollande se lance en mars lors d’un discours dans son fief et s’apprête à affronter DSK dont la candidature explose en vol à New York. La plupart des dirigeants socialistes réclament une période de deuil. Hollande, devenu individualiste, se projette vers l’avenir et appelle à ne pas oublier le véritable combat : la lutte contre Sarkozy. «Je l’aurais battu », glisse-t-il en septembre, à l’adresse de celui qui a laissé le peuple socialiste sens dessus dessous. S’en suit une campagne à la Chirac, au cœur des territoires, «au cul des vaches ». François Hollande surfe sur les sondages, vire en tête et parvient à rallier les quatre candidats éliminés. Après avoir tracé sa voie pendant des mois, Hollande redevient le parfait rassembleur. Un retour à sa vraie nature.