Quels enseignements tirer de ce scrutin?
D’abord une forte mobilisation, très au-dessus de la fourchette basse des estimations qui était d’un million, au-delà de l’univers sympathisant-militant PS. C’est incontestablement un succès populaire car le peuple de gauche même éloigné du PS a été touché. Cette procédure est irréversible: je vois mal désormais comment elle pourrait être contestée à l’avenir. Je pense même qu’elle aura un effet de contagion pour les autres forces politiques.
Cette participation massive, a-t-elle un sens particulier sur l’envie d’alternance?
Le sens de ces 2,5 millions de vote, ce n’est pas simplement une caution au système des primaires mais c’est aussi l’expression d’une forme de désespérance du peuple de gauche qui pense qu’il faut absolument gagner la prochaine présidentielle. C’est un plébiscite anti-Sarkozy plus qu’un plébiscite des primaires.
Et sur le vote en soi?
Globalement, on peut noter que les instituts de sondages se sont trompés: ils n’ont pas prévu le faible score de Royal, la percée de Montebourg et si Aubry est assez bien estimée, Hollande a été surévalué. On peut donc considérer qu’il n’y pas eu tant de votes utiles au premier tour. Les gens ont voté en exprimant une préférence et non pour le candidat présenté comme le plus fort pour battre Nicolas Sarkozy.
Et la surprise Montebourg?
Moi ça ne m’étonne pas. Il a profité d’un énorme espace politique laissé à gauche durant la campagne. Or je suis convaincu qu’il y a une aspiration à la radicalité dans l’électorat de gauche que n’a pas pu capter Benoît Hamon [le représentant de l’aile gauche] puisqu’il n’était pas candidat et rangé derrière Martine Aubry. Il était également en phase avec la conjoncture, l’actualité, la crise, la contestation du système financier. On peut imaginer que des gens qui sont allés voter pour lui, du Front de gauche par exemple, n’iront pas voter au second tour.
A-t-il siphonné les voix de Ségolène Royal?
C’est compliqué. L’électorat de Royal était très hétérogène en 2006. Mais cette année, même si elle avait un discours très dur sur le système financier, elle n’était pas crédible sur sa radicalité économique. Elle était démonétisée donc elle n’a pas pu être un débouché politique sur ces questions. Enfin, Montebourg porte l’aspiration au renouvellement et Royal n’a pas pu jouer cette carte-là.
Les consignes de vote peuvent-elles dans une telle élection?
Quand on regarde le vote, on peut penser que la moitié des électeurs qui sont des socialistes ou ex-socialistes seront plus sensibles aux consignes des élus et appareils. Globalement, le vote des primaires, ce n’est pas un vote de congrès. Ce n’est pas un vote captif. Les reports de voix ne sont pas aussi nets.
Que dire de la mobilisation pour dimanche prochain?
On peut imaginer une surmobilisation avec deux hypothèses: les gens qui n’ont pas voté au premier tour vont venir au second pour aider Hollande, le plus à même de battre Sarkozy. Ou ils viendront au secours d’Aubry: ils pensaient avec les sondages que les jeux étaient faits et ce n’est en fait pas le cas. Et la forte mobilisation au premier tour va avoir un effet de légitimation de la procédure.