Courtisé par François Hollande et Martine Aubry depuis dimanche soir, Arnaud Montebourg a pris le temps de réunir ses proches ce lundi pour définir une stratégie d’entre-deux tours. Dès ce matin à l’Assemblée, avec son conseil politique, et cet après-midi, toujours au Palais Bourbon, avec son équipe de campagne. Appellera-t-il à voter pour la maire de Lille, à qui il ne parle quasiment plus depuis l’affaire Guérini? Ou pour Hollande, à qui son meilleur ennemi, Manuel Valls, a apporté son soutien dimanche soir?
Pour personne, a confié un proche du troisième homme à BFM TV. Il «ne va pas appeler ses électeurs à voter pour un candidat car ils ne lui appartiennent pas», ajoute cette source. Par ailleurs, le héraut de la démondialisation va envoyer une «lettre ouverte» à Martine Aubry et François Hollande, qu’il a longtemps brocardés comme «les jumeaux de Jacques Delors».
«Il ne prendra pas parti ce lundi soir, sur le plateau de France 2», corrige un de ses proches, interrogé par 20Minutes. L’idée, c’est qu’Arnaud Montebourg fasse la liste «des sujets qui lui paraissent importants», via une lettre ouverte ou autre, pour que le «débat se fasse de manière ouverte» et «sur le fond». Au menu donc: les banques, le capitalisme coopératif, le protectionnisme européen et la VIe République.
Ainsi, les deux candidats auront, s’ils le souhaitent, matière à émettre des propositions «convergentes» avant ou pendant le débat télévisé de mercredi soir. De fait, c’est bien le troisième homme qui se met au centre du jeu de cet entre-deux tours, obligeant les deux qualifiés du second tour à venir sur ses thèmes. «L’important pour Arnaud, c’est que ce soit précis. Le baratin sur le “juste échange” ou “le renouvellement”, ça ne vaut rien», nous assure-t-on encore dans le très proche entourage du candidat, visant à la fois le camp Hollande et le camp Aubry.
Ensuite, il devrait prendre parti. «C’est le rôle d’un dirigeant politique», confiait dimanche soir son porte-parole Géraud Guibert. Mais à titre personnel puisqu’il considère, comme son directeur de campagne Aquilino Morelle, que «les électeurs ne lui appartiennent pas». Un choix pas illogique puisque nombre de ses électeurs, séduits par ses idées radicales, parfois issus du Front de gauche, avance le politologue Rémi Lefebvre, pourraient ne pas être prêts à voter pour l’un ou l’autre des candidats sociaux-démocrates. «Un vote de primaires, ce n’est pas un vote de congrès, ce n’est pas un vote captif», résume Rémi Lefevbre, pour qui «l’enjeu des consignes de vote n’est pas si déterminant que ça».
Les partisans de François Hollande et de Martine Aubry, qui multipliaient les appels du pied depuis dimanche soir en lorgnant sur son butin de 400.000 voix, en sont donc pour leurs frais. La décision ne se fera pas sur «le tempérament», «le maquillage» ou «la coupe de cheveux» mais bien sur «le fond des idées», a martelé Bertrand Monthubert, un soutien d’Arnaud Montebourg.