Une indifférence polie. Claude Guéant a entamé sa visite aux Antilles par la Martinique, où il est arrivé samedi soir sans incident. Par contre, le ministre de l’Intérieur a été boudé par la grande majorité des élus, après la polémique née de ses propos sur la hiérarchie des civilisations.
Venu parler sécurité, immigration et développement économique, le ministre de l'Intérieur était attendu pour s'expliquer. Mardi dernier, le très populaire député de l'île et président de la Région Serge Letchimy (apparenté PS) l'a vivement pris à partie à l'Assemblée nationale, en évoquant le nazisme.
La veille de son arrivée, Letchimy avait maintenu, lors d'un rassemblement public de soutien en sa faveur, que le ministre n'était pas le bienvenu tout en demandant «aux Martiniquais de ne pas avoir d’attitude violente» à son égard. L'UMP Martinique avait dans la semaine fait savoir qu'elle ne «partageait pas les propos tenus par Claude Guéant» tout en déplorant le «comportement indigne et les propos injurieux» de Letchimy.
Une cinquantaine de manifestants
De fait, seule une cinquantaine de manifestants cantonnés sur le rond-point d'entrée de l'aéroport Aimé Césaire l'ont accueilli avec des pancartes comme «raciste dehors, Guéant dégage», et brièvement hué le cortège ministériel à son passage. Dans le centre-ville, la courte apparition du ministre à quelques mètres des défilés du carnaval n'a suscité que très peu de réactions dans la foule.
«En temps normal, il n'aurait pas atterri, rappelez vous M. Le Pen (dont l'avion avait du être dérouté en 1987, ndlr). Bon, ce n'est pas Le Pen et puis c'est Carnaval», période quasi sacrée dans les Antilles, a expliqué à l'AFP un couple, qui, lui, a remarqué le ministre.
Avant d'aller saluer les équipes de nuit, dans l'Hôtel de police du centre ville, vétuste, dont il a promis la réfection, M. Guéant a rencontré à huis clos et de manière informelle sept élus et responsables locaux UMP.
Les élus le snobent, Guéant s’explique
Une rencontre avec les élus des collectivités était initialement prévue dans son programme mais les élus de gauche ont tous décliné son invitation, Serge Letchimy en tête. Claude Guéant a regretté que les élus aient «failli à la tradition de courtoisie républicaine» d'accueil d'un ministre de la République tout en ajoutant: «C'est leur affaire.»
Interrogé sur l'émoi qu'ont suscité ses déclarations, il a affirmé que si les Antillais avaient pu être «blessés», c'est parce que ses propos «ont été déformés et manipulés». «Certains aiment bien manipuler les choses, aiment bien faire de la politique», a-t-il ajouté. «On a voulu interpréter le terme de civilisation pour laisser entendre que j'avalisais la totalité de notre histoire. Je sais bien que les Antillais ont dans leur mémoire collective la douleur de l'esclavage, et cette douleur la France la comprend. La France a condamné de façon extrêmement claire l'esclavage, cela fait partie d'un passé qui nous fait honte.» Le ministre devait poursuivre sa visite en abordant dimanche la lutte contre le trafic de stupéfiants dans la Caraïbe, lundi les questions de développement endogène, avant de s'envoler pour la Guadeloupe.