De notre envoyée spéciale en Guadeloupe
Pas question d’annuler ou modifier sa tournée de trois jours aux Antilles parce que la France a perdu son «triple A». Même si François Fillon, lui, a chamboulé son agenda pour gérer la situation. Si le déplacement de François Hollande l’avait amené hors des frontières françaises, la question se serait certainement posée, admet son staff de campagne. Mais la Guadeloupe, «c’est la France, c’est pleinement la France», a martelé le candidat socialiste dès son arrivée à Point-à-Pitre. «Ce n’est pas du tourisme, c’est une campagne. La campagne ne s’arrête jamais», insiste-t-il auprès des journalistes, alors qu’un comité d’accueil, «la Guadeloupe avec François Hollande», tee-shirt ad hoc sur le dos, l’accueille vaillamment.
Un accueil enthousiaste mais sobre: pas de musique ni de costumes bariolés. François Hollande, arrivé sous une légère bruine, n’est pas venu pour visiter la Guadeloupe de carte postale, mais bien ce territoire qui souffre, frappé plus durement par la crise que la métropole, notamment ces «55% de jeunes touchés par le chômage», souffrant de «la vie chère», et «du logement inaccessible».
Un panorama sombre renforcé par la dégradation de la note de la France, vendredi. D’ailleurs, le crochet par une association carnavalesque a été annulé, pour une question d’emploi du temps, d’après son équipe. Un aléas qui fait bien les choses puisque l'image du candidat socialiste au carnaval n'aurait pas été forcément bien reçue à Paris.
Le candidat veut parler local. «Il y a ici une inquiétude plus forte qu’ailleurs, d’être des territoires qui aurait toujours à demander, alors que ce sont des territoires qui peuvent contribuer à notre redressement», a lancé le socialiste. A cette France, il veut lui dire qu'elle doit «avoir confiance». En lui et en sa promesse de «changement» et de «redressement».
«On est très fier qu'il soit là. Notre voeu, c'est qu'il soit élu pour qu'il s'occupe de la France et particulièrement de nous, car on est délaissés, on est trop loin de la métropole», explique Marie-Claude Abaille, qui milite depuis 1981 au PS. Elle a voté Hollande aux primaires, comme 74% des adhérents et sympathisants socialistes guadeloupéens. Et Hollande, elle le sait, tiendra ses promesses, car il connait très bien les DOM pour y être venu «très très souvent».
Mais malgré la volonté de François Hollande d’évacuer le sujet en tenant un point presse samedi matin avant son départ, le «triple A» s’est bien invité dans sa tournée antillaise. «Ce n’est pas la France qui a été dégradée, c’est la politique menée depuis 2007 qui a été dégradée», attaque le candidat, qui souligne que les conséquences «sont pires ici» mais qu’elles affecteront «l’ensemble du pays».
Et lorsque les propos de François Fillon - qui dans une interview accordée au JDD, conseille à l’agence Standard and Poor’s de s’intéresser au programme socialiste - traverse l’océan Atlantique, François Hollande refuse de commenter. C’est son porte-parole, Bruno Le Roux, qui sonne la charge dans le hall de l’hôtel où le candidat va recevoir les responsables de la gauche locale. «Je suis choqué qu’après une telle décision, le Premier ministre veuille être dans la polémique», attaque-t-il jugeant les propos de Fillon «pas rassurants». Mieux, il assure que l’agence de notation pourrait avoir des «surprises» - comprendre bonnes – si elle mettait vraiment le nez dans le programme socialiste. «Nous proposons tout le contraire de ce que fait le gouvernement», lance-t-il, citant la recherche de la croissance, la baisse du chômage, et la justice fiscale.