Le président de la République effectue ce jeudi un discours très attendu à Toulon sur la crise et sur l’avenir de l’Europe, alors que la France lutte contre les dégâts de la crise de la dette, et doit participer à un nouveau sommet européen les 8 et 9 décembre prochains.
Le 25 septembre 2008, dans la même ville, à la suite de la faillite de la banque Lehman Brothers, le chef de l’Etat détaillait de grandes mesures pour une sortie de crise du pays, dont la réglementation des marchés financiers, la gouvernance européenne ou encore la chausse aux paradis fiscaux. Quelles ont été les promesses tenues? Et celles restées en suspens? 20 Minutes fait le point, minute par minute…
>> Ci-dessous la vidéo du discours du président de la République à Toulon en 2008
>> Et par ici, notre live sur le discours, en direct, de Nicolas Sarkozy à Toulon
1’52: «La peur est la principale menace qui pèse sur l’économie. Il faut vaincre cette peur. C’est la tâche la plus urgente. On ne la vaincra pas (…) en mentant.»
La peur étant un sentiment, difficile de s’y attaquer autant que de la mesurer. Un indice tout de même: selon les statistiques de l’Insee, en novembre 2011, la confiance des ménages sur la situation économique recule de nouveau, après une brève hausse en octobre. L’indicateur se situe à son plus bas niveau depuis février 2009.
4’55: «L’idée de la toute-puissance des marchés, qui ne devait être contrariée par aucune règle, par aucune intervention politique (…) était une idée folle.»
La critique de Nicolas Sarkozy sur la spéculation des marchés, les parachutes dorés, l’action dévastatrice d’un seul trader sur sa banque -l’affaire Jérôme Kerviel- est longuement argumentée.
Trois ans plus tard, le résultat est mitigé. Si depuis trois ans, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy appellent à une plus grande régulation du système financier européen, par la création, notamment, d’un gouvernement économique au sein de la zone euro, la promesse est sans grands résultats.
Par ailleurs, les marchés ont participé à la spéculation sur les dettes des pays faibles de la zone euro, comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal ou encore l’Italie.
11’43: «Les modes de rémunération des dirigeants et des opérateurs doivent être désormais encadrés. Il y a eu trop d’abus. Il y a eu trop de scandales.»
Concernant les rémunérations des dirigeants, Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité des marchés financiers (AMF), estime en juillet 2009 qu’il est «très difficile de légiférer». Les salaires des grands patrons pour l’année 2010 semblent confirmer cette idée: + 24% en moyenne pour les patrons du CAC40.
16’07: «Il faudra bien aussi se poser des questions qui fâchent, celle des paradis fiscaux»
Le résultat est encore mitigé. Si la France a établi des accords d’échanges d’informations avec plus d’une trentaine de paradis fiscaux, ces derniers n’ont pas disparu, et les difficultés demeurent, notamment le manque de communication entre les administrations fiscales. Deuxième point noir: la difficulté, dans certains pays, de découvrir l’identité des détenteurs de comptes.
Les critiques demeurent. Comme le rappelle Pascal Saint-Amans, secrétaire général du Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales, cité par le quotidien La Tribune de Genève, «il y a autant de définitions des paradis fiscaux que d’interlocuteurs».
16’17: « Il faudra bien aussi se poser des questions qui fâchent (…), celle des conditions dans lesquelles s'effectuent les ventes à découvert qui permettent de spéculer en vendant des titres que l'on ne possède pas.»
Dès 2008, ce type de ventes à découvertes est dénoncé. En août dernier, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a décidé de les interdire durant quinze jours. Une interdiction qui a été depuis prorogée. Le 10 novembre dernier, le ministre de l’Economie, François Baroin, a prolongé, pour trois mois, cette interdiction de vente à découvert sur dix grandes valeurs financières (April Group, Axa, BNP Paribas, CIC, CNP Assurances, Crédit Agricole, Euler Hermès, Natixis, Scor, Société Générale).
16’45: «Nous allons décider de contrôler les agences de notation, dont j'insiste sur le fait qu'elles ont été défaillantes.»
En juin 2009, le Parlement européen vote un règlement de contrôle sur les agences de notation, qui prévoit que les agences devront s’enregistrer en Europe et qu’elles doivent être contrôlées par le Comité européen des régulateurs des valeurs immobilières. En cas de faute, les agences se verront sanctionnées par une interdiction d’exercer en Europe.
En 2011, le contrôle de ces agences n’a rien d’effectif, et ce sont elles qui décident notamment du maintien de la note triple A de la France, influant de facto sur la politique économique du pays.
18’46: «Il faut remettre à plat tout le système financier et monétaire mondial, comme on le fit à Bretton Woods après la Seconde Guerre mondiale.»
Le constat est amer. Le système financier et monétaire mondial semble toujours dominé par les spéculateurs et les financiers, faute d’accord mondial. La réévaluation des monnaies, tels que le taux entre le yuan chinois et l’euro, ou l’euro et le dollar, n’a pas été mené. Les accords économiques de Bretton Woods, qui ont préfiguré le système financier international, n’ont pas été bousculés.
22’46: «Je n'accepterai pas qu'un seul déposant perde un seul euro parce qu'un établissement financier se révélerait dans l'incapacité de faire face à ses engagements.»
La promesse a été tenue. Les détenteurs de comptes n’ont pas perdu leur argent. Les banques de détail françaises n’ont pas fait faillite.
27’28: «L'Etat ne peut pas indéfiniment financer ses dépenses courantes et ses dépenses de solidarité par l'emprunt parce qu'un jour il faut bien payer ses dettes.»
En 2010, un grand emprunt de 35 milliards d’euros a été lancé. Par ailleurs, la dette a explosé depuis dix ans. Selon les socialistes, elle représente 788 milliards d’euros.
30’12: «Je ne conduirai pas une politique d'austérité parce que l'austérité aggraverait la récession. Je n'accepterai donc pas de hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d'achat des Français.»
De la difficulté de faire des promesses… Le président, qui a longtemps combattu la hausse des impôts, ne pouvait savoir qu’après la crise de 2008 en surviendrait une autre. Le résultat: rabotage de niches fiscales, taxe exceptionnelle pour les ménages les plus riches, deux plans de rigueur, hausse de points de TVA de 5,5 à 7%, hausse des prix des mutuelles… tapant directement au porte-monnaie des Français.
37’46: «S'il faut moins taxer l'investissement, moins taxer le travail, moins pénaliser l'effort et la réussite, moins taxer les produits propres, il faut en revanche davantage taxer la pollution.»
Si une forme de fiscalité verte est de nouveau évoquée dans le programme de l’UMP pour l’élection présidentielle de 2012, la dernière mesure phare, la taxe carbone, a été retoquée par le Conseil constitutionnel en décembre 2009. La mise en œuvre du Grenelle de l'environnement est également partielle.