De porteur d'espoir à réaliste, comment le PS a évolué en trente ans

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Publié le 10 mai 2011.

POLITIQUE - Revue de détail des évolutions du parti socialiste...

Il y a trente ans, le PS accédait pour la première fois – et la seule jusqu’à présent – à la présidence. Cette année, les socialistes croient plus que jamais en leurs chances. Ils espèrent que leur champion pourra l’emporter en mai 2012. Si Mitterrand reste un exemple pour tous les socialistes, puisqu’il est le seul à être entré à l’Elysée, le PS ne pourra pas s’appuyer sur les mêmes ressorts cette fois. En trente ans, le parti a, comme la société, bien évolué. Revue de détails.

Du projet de transformation au projet de gestion

S’il y a bien une chose qui a changé, c’est que le PS ne se vit plus comme un parti de transformation de la société. «Le Changer la vie» de Mitterrand, avec l’abolition de la peine de mort, la cinquième semaine de congés payés, la semaine des 39 heures, etc., c’est fini. «Le changement» - le nom officiel du projet du PS pour 2012 -  est marqué «par une philosophie régulatrice et gestionnaire. Elle s’inscrit clairement dans le cadre de l’économie de marché», relève Rémi Lefebvre, politologue spécialiste du PS à l'université de Reims. En 1981, le PS pouvait incarner l’espoir car il arrivait pour la première fois au pouvoir.

Mais cet espoir s'est brisé sur le fameux «tournant de la rigueur» en 1983, un «tournant pas encore digéré», assure l'expert. De fait, avec des caisses de l'Etat vides et les contraintes budgétaires imposées par l'UE, le PS devra forcément faire preuve de rigueur, réclamée même par certains au sein du parti «Par rapport au programme de 1981, le projet socialiste peut paraître “petits-pieds“, mais le parti aujourd’hui est jugé sur le réalisme de ses propositions», insiste Rémi Lefebvre. La différence s’explique aussi par un changement de mentalité. «Il y avait avant cette idée que l’Etat pouvait tout, qu’on pouvait encore choisir son modèle économique puisque plusieurs cohabitaient», rappelle Vincent Tiberj, sociologue spécialiste du PS, qui exerce au Cevipof.

Du rouge au Vert

En 1981, l’allié naturel, c’était le PCF, la deuxième force sans conteste à gauche. Le PCF déclinant a été dépassé récemment par Europe Ecologie. Entre les deux entités, la course pour la deuxième place à gauche est lancée mais le PCF regarde plutôt vers le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. Aujourd’hui, «le système d’alliances s’est complexifié: en 1981, la compétition avec le PCF était féroce mais sur des bases claires: celui qui arrivait en tête avait gagné. Aujourd’hui, le PS n’est toujours pas majoritaire et il doit faire des alliances avec plusieurs partis», résume Rémi Lefebvre. Et des partis très différents: autant le PCF reste un parti populaire, autant Europe Ecologie est parfois catalogué comme un parti de «bobos», puisque ses électeurs sont majoritairement des citadins très éduqués. Et le PS fait le grand écart, tout en semblant donner la priorité aux écolos dans les négociations. Une évolution logique au vu du rapport de force politique mais qui traduit aussi une évolution idéologique du parti, regrettent certains  des socialistes classés à gauche du parti. Le PS «n’a toujours pas trouvé la formule» pour les alliances, relève Rémi Lefebvre. Mais là encore, le parti s’est adapté «à un monde politique qui a beaucoup changé». 

D'un parti de militants à un parti de sympathisants

Et finalement, c’est l’essence même du parti qui a changé en trente ans, pour nos deux spécialistes. «En 1981, le PS était puissamment ancré dans la société, il avait une vraie capacité de mobilisation. Aujourd’hui il est si faible qu’il a besoin des primaires pour mobiliser», explique Rémi Lefebvre. Ces primaires, «c’est la fin du parti d’Epinay» et le début d’un «parti de sympathisants». Pour Vincent Tiberj, le PS n’a fait que s’adapter à la société. «Le militant bon petit soldat n’existe plus», assure-t-il, place au «militant post-it», qui se mobilise par intermittence et ne veut plus se voir dicter sa conduite. A terme, les primaires peuvent amener «le PS à se diriger vers un Parti démocrate à l’américaine», c'est-à-dire «juste une étiquette», explique Vincent Tiberj. Et elles amènent à une autre difficulté: affirmer une offre politique claire «car les socialistes sont de plus en plus dépendants de l’opinion», souvent fluctuante, analyse-t-il.

D'un parti avant-gardiste à un parti bridé

Pour Vincent Tiberj, le PS ne s’assume plus assez à gauche «culturellement et socio-économiquement». «C’est le surmoi du PS, il se bride lui-même car il a intégré l’hégémonie des idées de la droite», explique le sociologue. Donc «le parti ne peut plus susciter autant d’espoir qu’en 1981». Entre 1981 et 1983, Mitterrand a porté un programme radical, très à gauche, «avec des mesures phares et symboliques». Aujourd’hui, «il a peur de son ombre», renchérit Vincent Tiberj citant l’exemple du droit de vote accordé aux étrangers, une mesure qui plait aux électeurs de gauche mais qui n’a pas été retenue par le PS. Mitterrand, lui, avec «deux-tiers de l’opinion contre lui a proposé l’abolition de la peine de mort», rappelle Vincent Tiberj. «Avant 1981, le PS était à l’avant-garde de la société, il politisait l’opinion, aujourd’hui, il n’en est plus que le reflet», conclut Rémi Lefebvre.

Maud Pierron
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