Ça fait longtemps que ça ne leur est pas arrivé, aux socialistes, d’aller à La Rochelle le cœur léger. Cette année, les voyants sont au vert pour l’ouverture de l’université du parti, ce vendredi, qui marque traditionnellement leur rentrée politique.
Le PS est redevenu crédible aux yeux de l’opinion, du moins dans les sondages. Les Français pensent que les socialistes font bien leur travail d’opposition, les Français souhaitent une victoire de la gauche en 2012, les Français voteraient plutôt DSK, Aubry, voire Hollande en 2012 plutôt que Nicolas Sarkozy...
Et même si les socialistes sont bien conscients que leur cote remonte à mesure que celle du chef de l’Etat sombre, quelque chose a changé dans le climat: la victoire devient possible à la prochaine présidentielle. C’est assez, pour le moment, pour mettre leurs querelles sous l’éteignoir.
Le parti, cette machine à divisions, semble même apaisé. «Cet été, il n’y a pas eu de débats socialos-socialistes, pas de prises de paroles individuelles, ça témoigne d’un autre état d’esprit», se félicite François Lamy, le bras droit de Martine Aubry. Le PS veut se concentrer sur la rentrée sociale, quasi exclusivement, pour préparer au mieux le rendez-vous du 7 septembre. Avec la voix forte de Martine Aubry, qui portera d’autant plus, espère-t-on rue de Solferino, qu’elle s’est astreint à un silence médiatique durant tout l’été, alors que le gouvernement pilonnait sur le thème de la sécurité.
Son discours de clôture portera sur «les grandes thématiques de la rentrée», dont ce fameux thème de la sécurité. «La question ne sera ni évacuée, ni diluée mais mise au même rang des préoccupations des Français que sont les retraites, l’emploi, le pouvoir d’achat, la réduction des déficits», assure François Lamy.
Ciel bleu, temps clément sur La Rochelle donc? Tout n’est évidemment pas si simple dans la maison socialiste où la perspective de 2012 reste floue donc ouverte. Les sondages sont bons, mais ils aiguisent les appétits. DSK, le grand absent du rassemblement socialiste, écraserait le chef de l’Etat, selon un sondage TNS Logica pour Le Nouvel Obs, avec 59% des voix. Sauf que le directeur du FMI n’est plus le seul à pouvoir se prévaloir d’être le sauveur de la gauche: Martine Aubry l’emporterait avec 53% des voix au second tour. Et même François Hollande a le sourire puisqu’il fait jeu égal au second tour avec Nicolas Sarkozy…
Et la question de la présidentielle a été remise au centre du jeu par Martine Aubry elle-même qui, dans un livre paru jeudi, Petits meurtres entre camarades, confie qu’elle prendra sa décision pour les primaires avant 2011. Après en avoir parlé à Dominique Strauss-Kahn, confirme l’entourage de la maire de Lille, conformément au «pacte» qui lie les deux ténors socialistes. Sauf que l’annonce de la première secrétaire «risque de crisper les rapports entre les deux», d’après un strauss-kahnien.
Obligé à un devoir de réserve, le directeur du FMI tente de calmer les ardeurs de ses troupes ragaillardies par les sondages. Pierre Moscovici pourrait lancer un appel – un nouveau – à la candidature de DSK vendredi soir, lors d’une réunion avec ses amis. «Il n’y a pas de courant strauss-kahnien, ceux qui vous disent le contraire, c’est du pipeau», s’agace auprès de 20minutes.fr Christophe Borgel, un proche de DSK. «Un appel, ce n’est ni le lieu, ni le moment, ni l’idée. A l’heure où on cherche le rassemblement de la gauche pour gagner en 2012, on ne va pas repartir dans des écuries présidentielles».
Même état d’esprit du côté des royalistes. Du moins en façade. «Ségolène vient dans un grand esprit de responsabilité, elle ne veut pas polémiquer», assure à 20minutes.fr Guillaume Garot, son porte-parole. Mais la rivalité avec Martine Aubry n’est jamais loin. Les deux femmes apparaîtront en même temps aux JT de TF1 et France 2, vendredi soir. Et Ségolène Royal ouvrira l’université d’été «avec un discours de politique général, sur l’état moral du pays et la rentrée sociale».
Si dans Petits meurtres entre camarades, la présidente de la région Poitou-Charentes menace - «Si la règle du jeu est pipée, si ça se transforme en système verrouillé, à ce moment-là, je prendrai les militants à témoin» - elle a tenu à apaiser le climat jeudi. Sur RTL, où elle a déploré que ce livre serve à «alimenter le feuilleton de la zizanie du PS». Ces propos, elle assure «ne pas s’en souvenir» mais ne nie pas pour autant les avoir tenus. Mais elle insiste, au sujet des derniers sondages: «Dominique Strauss-Kahn ferait un bon candidat. Ce n'est pas le seul.» Derrière la «détente» apparente, au PS la guerre froide menace toujours.