POLITIQUE - Le directeur du FMI devrait répondre aux critiques qui fusent à gauche, le présentant en «père la rigueur»...
Dominique Strauss-Kahn sera ce jeudi soir sur
le plateau d’A vous de juger pour parler crise européenne. Il tentera d’expliquer aux Français
son rôle en tant que directeur général du FMI dans les différents plans de rigueur adoptés par les pays européens. Car après
une séquence médiatique très réussie, où «super DSK», maître de Washington, est apparu en sauveur de la Grèce, après avoir réformé l’horrible Fonds monétaire international en institution plus sociale, le vent commence à tourner. Les critiques fusent. A gauche, surtout, pour dénoncer l’action du FMI et par conséquent celle de Dominique Strauss-Kahn, dont
la popularité à droite reste suspecte.
Ségolène Royal, sans jamais citer le nom de DSK, a fustigé «la cure d'austérité » imposé par un «FMI [qui] n’a pas changé». Jean-Luc Mélenchon, lui, le qualifie d’«affameur». Les critiques ont dépassé la seule sphère politique. Dans
Le Monde cette semaine, Plantu évoque le plan de rigueur en Roumanie initié par le FMI, en croquant Strauss-Kahn soufflant: «Heureusement, on n’est pas en France, ni en 2012.» Une accusation de duplicité - «père la rigueur» sur la scène mondiale, réformiste bon teint en France - que devrait rejeter DSK ce soir face à Arlette Chabot.
«Tout le monde tombe sur DSK à bras raccourci»
«Il a tout intérêt à expliquer son action», explique à 20minutes.fr Pascal Perrineau, directeur du Centre de recherches politiques de Science-Po (Cevipof). Et même à présenter un discours plus à gauche car, rappelle-t-il, «en France, un candidat socialiste au profil social-réformiste ne gagne pas. On gagne à gauche, même si on ne gouverne pas à gauche», souligne-t-il, s’appuyant sur la jurisprudence Mitterrand et Jospin. «Tout le monde tombe sur DSK à bras raccourci en ce moment, en le présentant en patron de la rigueur au niveau mondial, donc potentiellement en France. C’est une stratégie pour l’éliminer de la course aux primaires», analyse le politologue.
Mais DSK l’a peut-être un peu cherché.
Son plan com’ huilé, entre interview dans un quotidien sur son rôle au FMI, fuite dans un autre sur son pas fait en direction de la présidentielle, reportage dans un hebdomadaire sur son action au sein de l'organisation mondiale, a été voyant ces dernières semaines. Trop, pour ses concurrents potentiels. «Sa situation est compliquée, il doit exister sans vraiment se déclarer, rappelle le politologue. Mais le coup de com’ appelle un contre coup de com’», ajoute-t-il.
«Un anti strauss-kahnisme de gauche» naissant
«Ce sont des critiques injustes sur l’action du FMI, qui est plus un pompier qu’un pyromane», défend
Pierre Moscovici auprès de 20minutes.fr. «Ce n’est pas le FMI qui impose les plans d’austérité mais les gouvernements», tente de rectifier le député du Doubs, strauss-kahnien patenté. S’il regrette cet «anti-strauss-kahnisme de gauche et d’extrême gauche qui est en train de naître», il assure qu’il pèse peu dans l’opinion, autour de 10%.
«Il peut toujours essayer de s’expliquer, reprend Pascal Perrineau, mais ce sera une guerre d’opinion, il ne parlera pas forcément au cœur des militants». Qui lui, reste acquis, pour le moment à
Martine Aubry au «discours de gauche traditionnelle». Finalement, note-t-il, c’est toujours l’opposition entre «les deux gauches qui se rejoue», entre la gauche traditionnelle et la gauche réformiste. Et c’est Mitterrand qui a gagné sur Rocard, rappelle-t-il.
Maud Pierron