Vincent Peillon, ministre de l'Education nationale, photographié le 31 août 2012 au ministère de l'Education nationale.
Vincent Peillon, ministre de l'Education nationale, photographié le 31 août 2012 au ministère de l'Education nationale. - ALEXANDRE GELEBART / 20 MINUTES

Propos recueillis par Delphine Bancaud

Le ministre de l’Education détaille pour 20 Minutes les conditions de la rentrée qui a lieu ce mardi.

Malgré votre plan d’urgence adopté pour cette rentrée, les classes seront encore surchargées et les remplaçants difficiles à trouver…
La suppression de 77.000 postes dans l’Education nationale depuis 2007 a créé des tensions. Nous avons fait en sorte d’améliorer les choses dès cette rentrée, avec les moyens dont nous disposions, car le budget était déjà voté à notre arrivée. Ainsi, 1.000 postes de professeurs des écoles ont été créés, 280 recrutements ont été prévus dans le secondaire… L’effort doit être poursuivi dans le temps, mais le mouvement de refondation de l’école est lancé. Nous allons renouveler tous les professeurs partant à la retraite dès 2013 en recrutant 22.100 professeurs, et ajouter d’autres postes pour rattraper les dégâts des dernières années.

Certains syndicats soutiennent que des classes de CP seront confiées à des professeurs débutants, malgré vos directives. Qu’en est-il?
J’ai donné des instructions claires. Je n’ai pas encore été saisi de ces situations. Mais le cas échéant, nous interviendrons pour les résoudre.

Cette année, tous les postes mis aux concours n’ont pas été pourvus. Comment trouver suffisamment de candidats en 2013, alors que le nombre de postes va doubler?
Les inscriptions aux concours ont augmenté de 10% cet été, car les jeunes ont compris que nous allions revaloriser le métier d’enseignant et leur redonner de bonnes conditions de travail. Ce mouvement va s’amplifier. C’en est fini du mépris à leur égard. Nous allons aussi créer des contrats d’avenir professeurs, permettant aux étudiants de milieux modestes, qui étaient découragés d’entrer dans le métier, de le faire.

Une des solutions ne serait-elle pas de titulariser les contractuels?
Dans notre plan de recrutement, nous prévoyons en effet de consacrer 6.600 postes aux concours réservés aux contractuels.

Pour encourager les vocations, allez-vous revaloriser les salaires?
L’essentiel des marges de manœuvre de l’Etat est pour l’école. Le plus important est d’abord de refonder la formation initiale et de remettre des professeurs dans les classes. Dans l’immédiat, chacun comprendra que le contexte budgétaire ne permet pas de revalorisation. Mais lorsque la conjoncture s’améliorera, il sera légitime de le faire.

Dès cette rentrée, vous allez redonner quelques heures de formation par semaine aux professeurs stagiaires. Auront-ils une vraie année de stage dès 2013?
Nous avons réussi dans l’urgence à programmer ces heures de formation afin que les stagiaires aient de moins mauvaises conditions d’entrée dans le métier que leurs prédécesseurs. En septembre 2013, ils bénéficieront de stages plus nombreux et mieux encadrés. Et pour la rentrée 2014, les professeurs seront formés dans les Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation.

Certains d’entre eux n’ont toujours pas de tuteur pour cette rentrée
Il peut arriver qu’ici ou là, ils n’en aient pas. Nous réglerons ces situations.

Quel est votre objectif en matière de scolarisation des moins de 3 ans?
Elle atteignait 30% il y a dix ans, elle est désormais de 11%. Il faut que nous remontions vers ces 30%, nous verrons à quel rythme. Nous nous concentrerons d’abord sur les zones en difficulté, où la scolarisation précoce est très utile.

L’assouplissement de la carte scolaire semble être un échec, comptez-vous revenir dessus?
Cela me semble s’imposer car ce système n’a pas été efficace, surtout pour les établissements les plus en difficulté. Une carte scolaire plus stricte, ou une sectorisation plus élargie aurait plus d’effets positifs sur la mixité sociale des établissements. Ce sujet fait partie de la concertation et il va falloir regarder quelle solution fera consensus.

Comment comptez-vous réformer les rythmes scolaires?
Les élèves français ont 144 jours d’école par an. C’est trop peu. Il faut leur redonner le temps d’apprendre. Cela passe par la semaine de 4,5 jours et si l’on peut gagner quelques jours sur l’été, je n’y suis pas hostile. Il faut aussi repenser la journée et trouver d’autres activités aux enfants en fin d’après-midi. C’est un sujet complexe, qui touche à la vie des entreprises, des écoles, des collectivités. Mais il faut prendre en compte l’intérêt de l’élève avant tout, pour avancer.