Arnaud Montebourg à la sortie du conseil des ministres, le 23 mai 2012.
Arnaud Montebourg à la sortie du conseil des ministres, le 23 mai 2012. - V. WARTNER / 20 MINUTES

Nicolas Bégasse

Il n’aura donc suffi que d’une petite phrase, prononcée dimanche par le ministre du Redressement productif, pour créer la première polémique de cette rentrée politique. «Le nucléaire est une filière d’avenir», a affirmé sur BFMTV Arnaud Montebourg, alors que son gouvernement s’est engagé, auprès des électeurs et de leurs alliés d’EELV, à réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% à l’horizon 2025. Une sortie peu étonnante de la part d’un ministre qu’on savait pro-nucléaire, mais pas forcément opportune, à moins de 20 jours de la très attendue conférence environnementale. Florilège de réactions.

Le recadrage du Premier ministre:

«J'ai parlé avec Arnaud Montebourg et la position du gouvernement, elle est très claire: ce sont les engagements que le président de la République a pris devant les Français, c'est le mix énergétique», a-t-il dit au JT de TF1. Jean-Marc Ayrault a rappelé qu'il s'agissait de faire passer d'ici 2025 la part de l'électricité produite par le nucléaire «de 75% à 50%» en développant les économies d'énergie et les énergies renouvelables. Prié de dire s'il avait recadré Arnaud Montebourg, le Premier ministre a répondu: «Je lui ai rappelé la position du gouvernement, il en a parfaitement convenu».

Le soutien maladroit du PS

La ligne officielle du parti présidentiel a été donnée lundi matin par son porte-parole, David Assouline, qui a parlé à propos d’Arnaud Montebourg d’un «sentiment personnel» sans «conséquence concrète». D’autres socialistes ont préféré afficher leur soutien au ministre du Redressement productif, à l’image de Manuel Valls («C’est une filière d’avenir incontestablement») ou de Claude Bartolone («C’est une évidence»).


(à partir de 5'50'')

Même si les deux hommes se sont montrés confus au moment d’argumenter, peinant à conjuguer «filière d’avenir» et démantèlement programmé.


(à partir de 3'12'')

Arnaud Montebourg lui-même est revenu ce lundi sur ses propos, tentant d’expliquer qu’ils «ne sont pas une provocation, ils sont dans la droite ligne de ce qu'a été le discours de campagne de François Hollande».

La colère toute relative des Verts

Une des réactions les plus remarquées lundi a été celle de Noël Mamère, qui a parlé de «provocation» de la part d’Arnaud Montebourg, accusant dans une interview accordée à 20 Minutes le ministre de «faire pression» sur EELV. Même son de cloche chez le député Denis Baupin, qui juge les propos de Montebourg «en décalage total avec la réalité». Pour préserver l’image d’une bonne entente entre les deux partis, le porte-parole d’EELV s’est montré plus souple, affirmant à l’AFP n’attacher «pas plus d'importance que cela aux propos d'Arnaud Montebourg que nous connaissions déjà comme étant pro-nucléaire». Plus diplomate encore, la ministre et ex-n°1 d’EELV Cécile Duflot a affirmé lundi après-midi: «Chacun peut avoir des avis, ce qui est important c’est ce qui va se faire», à savoir ce qui avait été annoncé par François Hollande pendant la campagne: une réduction de la production nucléaire.

Les autres partis entre déception et satisfaction

Les réactions politiques ne se sont pas cantonnées au PS et à EELV ce lundi. Contactée par 20 Minutes, la présidente du parti écologiste Cap21 Corinne Lepage a dénoncé «l’incohérence dans le discours» du ministre du Redressement productif. «La déclaration d’Arnaud Montebourg est une affirmation de principe qui n’est démontrée par rien», a-t-elle affirmé. Côté UMP, il y a eu le ton railleur de Nadine Morano sur Twitter («Hollande a dit qu'il réduirait l'énergie nucléaire de 75 à 50%. Pour Montebourg, c'est une filière d'avenir. Dufflot démission?»), mais aussi la satisfaction de Bruno Le Maire: «Quand Arnaud Montebourg dit que l'énergie nucléaire est une filière d'avenir, tant mieux. Je suis d'accord avec ses propos.» Sur son blog, François Fillon s'est quant à lui «réjoui que certains ministres socialistes découvrent aujourd’hui les mérites du nucléaire qui assure notre indépendance énergétique». Plus à gauche, le compte Twitter de Jean-Luc Mélenchon a lancé, sarcastique: «Au gouvernement, l'écologie semble être une filière obsolète.»

Les anti-nucléaires furieux

Sans surprise, les associations militant contre l’énergie nucléaire se sont montrées les plus véhémentes lundi. L’Observatoire du nucléaire a dénoncé «la mise au pas des écologistes par le PS», le Réseau sortir du nucléaire a regretté «les orientations pro-nucléaires du gouvernement» et Greenpeace a posé la question de l’utilité de la conférence environnementale à venir mi-septembre, où doit notamment se tenir un grand débat sur l’énergie en France.