Martine Aubry et Harlem Désir lors de la session plénière de l'université d'été du PS, à La Rochelle (vendredi 24 août 2012)
Martine Aubry et Harlem Désir lors de la session plénière de l'université d'été du PS, à La Rochelle (vendredi 24 août 2012) - REUTERS/Stephane Mahe

Maud Pierron, à La Rochelle

Conjurer le spectre du congrès de Reims en 2008. «On a a été traumatisé», glisse Jean-Christophe Cambadélis. Du coup, les statuts du parti ont été changés: les militants ne voteront plus sur une motion, puis sur un nom, mais simplement sur une motion dont le premier signataire sera obligatoirement le candidat. Sauf que cette année, il y aura une motion ultra-majoritaire, celle de Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault. Reste à trouver le nom du premier signataire. Simple? Pas tant que ça. 
 

«Une désignation à la chinoise», Valls ironise

Car Martine Aubry part, c’est entendu. Sauf si… Il lui reste «un peu de travail» d’ici le congrès de novembre - comprendre choisir son successeur – et si quelqu’un vient mettre son grain de sable, Martine Aubry «ne s’interdit rien», glisse François Lamy, son bras droit. Une manière pour la première secrétaire de mettre tout le monde sous l’éteignoir le temps qu’elle rende publique sa décision. «Peut-être» qu’elle a déjà choisi entre Jean-Christophe Cambadélis et Harlem Désir, s’amuse-t-elle auprès des journalistes qu’elle a réunis vendredi soir au muséum d’histoire naturelle. Elle vient d’expliquer que le prochain premier secrétaire devra «continuer la rénovation», «éclairer l’avenir», permettre au parti d’«épauler le gouvernement», «sans aboyer». Alors qui? «Celui qui fera ce que je viens de dire!». C’est clair? C’est Martine qui décide! 
 
«C’est une désignation à la chinoise, une décision prise collectivement», glisse un bon connaisseur des arcanes du parti. Manuel Valls en plaisante, lors d’un déjeuner avec la presse: «J’ai l’impression que le nombre de grands électeurs est assez réduit». Le suspens est entretenu à La Rochelle, il est vrai que les motions doivent être remises le 11 septembre. Un dirigeant confirme le «plan com'» autour de la succession de Martine Aubry qui semble avancer à petit pas. Pas question de faire de grandes déclarations sur le sujet à La Rochelle au risque d’éclipser la journée Ayrault ce samedi, ou la journée Aubry dimanche. «Il faut respecter les rythmes, les choses vont se décanter peu à peu, ça se fera naturellement», jure Cambadélis. «Un jour, vous entendrez un proche d’Aubry dire sa préférence pour l’un et vous aurez compris», décrypte un autre.  
 

Entre Harlem Désir et Jean-Christophe Cambadélis, «c’est cool»

«Affûté», bronzé, détendu, «Camba» mène à La Rochelle sa «campagne de bouton de veste», comme il dit, fier d’avoir popularisé cette expression issue du monde ouvrier. Il prend du temps avec chaque militant, les «copains», et pas «seulement les chefs de file», «un peu à la Hollande», explique-t-il devant quelques journalistes. Avec Harlem Désir, ils se marquent à la culotte. Ils en plaisantent, même. Vendredi soir, «Camba» était au pot de Martine Aubry. Pas Désir alors qu’ils avaient prévu d’arriver ensemble. Les journalistes se sont demandé si ce n’était pas un signe… Puis il est arrivé en retard pour se glisser auprès du député de Paris. «Je lui ai envoyé un SMS pour lui dire de se magner, sinon les journalistes allaient dire que c’est fait», raconte-t-il rigolard. Entre eux, «c’est cool», c’est «un combat politique et amical».
 
Car finalement, ils savent qu’ils n’ont pas tout à fait leur mot à dire. Avant de se mettre d’accord sur un nom, il faut régler la tambouille politicienne. Quelle composition au conseil national et dans les instances? Faut-il se baser sur le congrès de Reims? Une répartition caduque. Sur les primaires? Oui mais Montebourg est trop haut, l’aile gauche ne s’est pas comptée, pas plus que «Mosco», et comment traiter les troupes naissantes de Valls? «Tout se négocie», dit-on. Alors? Alors,  «ni moi ni Harlem ne sommes à la manœuvre. C’est Martine», confirme Jean-Christophe Cambadélis. Son nom, en tout cas, est de plus en plus cité dans le cercle aubryste où certains n’hésitent pas à faire campagne pour lui. Lui-même semble très confiant. Il note que le nombre de sollicitations médiatiques monte en flèche à La Rochelle sans vouloir en tirer de conclusion autre qu’un large sourire.  «Je ne veux pas en faire trop», assure-t-il toutefois. Il ne faudrait pas froisser la première secrétaire.