La Rochelle: Le PS veut éloigner le spectre d'un «parti béni-oui-oui»

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Publié le 23 août 2012.

POLITIQUE - L'université d'été du PS s'ouvre vendredi et le parti entame sa réflexion sur son rôle par rapport à l'exécutif...

De notre envoyée spéciale à La Rochelle,

«C’est la rentrée du Parti socialiste, ce n’est pas un séminaire gouvernemental, même si tous les ministres seront présents!» C’est l’antienne des socialistes, à la veille de l’université d’été du PS à La Rochelle (Charente-Maritime). Une rengaine qui souligne bien le casse-tête actuel des parlementaires de la majorité: marquer la nécessaire solidarité gouvernementale sans annihiler les débats de fond. «Bien sûr la différence cette année, c’est qu’on a gagné. Mais les problèmes, eux, sont toujours là. La crise impose au PS d’avoir une réflexion. Cette université ne sera intéressante que si on veut bien débattre. Le risque, c’est de rester dans l’autocongratulation et laisser faire le gouvernement», insiste Marie-Noëlle Lienemann, l’une des chefs de file de l’aile gauche du parti.

«Les mouches ont changé d'âne»

Pour la sénatrice de Paris, la question européenne et notamment du traité budgétaire européen, mais aussi les questions fiscales, doivent être débattues. Demain à La Rochelle et tout au long de la mandature. «Si on devient un parti béni-oui-oui, c’est qu’on n’a rien appris de 1981. L’exercice du pouvoir exige une mise en phase entre le gouvernement et le peuple. Il ne faut pas se priver des débats qui traversent la gauche et nos concitoyens, au risque de voir monter l’abstention et l’extrême droite aux prochaines élections. Les municipales arrivent très vite», plaide-t-elle. Lors des primaires et même pendant la campagne, l’aile gauche du PS a toujours trouvé qu’Hollande n’enfonçait pas assez le clou à gauche. Pas de raison aujourd’hui qu’elle change d’avis, même si un des leurs, Benoît Hamon, est au gouvernement.

Mais cette crainte de voir le parti étouffer sous le poids d’un gouvernement qui bataille en pleine crise économique est partagée par la plupart des parlementaires. «On doit réfléchir au rôle du parti», abonde Olivier Dussopt, député ardéchois tendance aubryste. «La gouvernement a intérêt à ce que le parti vive, réfléchisse, fasse remonter des insatisfactions. Entre 1997 et 2002, le PS était uniquement une machine à soutenir le gouvernement, paralysé, et on a vu ce qui s’est passé ensuite. Aujourd’hui, on reproche la même chose à l’UMP de Copé, les mouches ont changé d’âne. Avec cette double expérience, on devrait être vacciné et le gouvernement aussi si on veut continuer après 2017», met-il en garde.

«Si on pose un couvercle sur les débats, alors ça explosera»

Le PS aujourd’hui, l’UMP hier, les partis de la majorité peinent toujours à trouver leur place par rapport à l’exécutif. Réfléchir, proposer quitte à aller dans un sens différent du gouvernement? Jusqu’où aller sans marcher sur les plates-bandes des ministres ou rogner sur la solidarité gouvernementale que tous mettent -aujourd’hui- en exergue? Aux premières grosses difficultés, nul doute qu’Hollande réclamera du silence dans les rangs comme il avait su l’imposer lorsqu’il était à Solferino quand Jospin était à Matignon. Les petites phrases, accession aux responsabilités oblige, sont d'ores et déjà bannies. Alors comment faire? «Il faut un débat sain et positif dans notre famille sur le fond. Le pire est d’être sous la pression de l’extrême droite ou de la gauche de la gauche», explique Marie-Noëlle Lienemann.

«On peut à la fois soutenir le gouvernement et réfléchir. Cela devient compliqué si on se bride, si on commence à se demander si on a le droit de penser», assure Olivier Dussopt. «Si on pose un couvercle sur les débats, alors ça explosera», dit-il. En bon aubryste il vante le bilan de la patronne, qui a tracé la route à suivre: garder le lien avec les intellectuels, la société civile. «Il faut continuer dans la majorité ce qu’on a fait dans l’opposition», abonde Emmanuel Maurel, organisateur de l’université d’été.

Ne rien changer et rester autonome par rapport au gouvernement. «C’est possible mais ça ne va pas de soi, reconnaît Emmanuel Maurel. La logique des institutions de la Ve République veut qu’il y ait une soumission à l’exécutif. Ce sera la principale difficulté. Mais il faut tirer les leçons du passé», insiste-t-il. Et dans l’immédiat, avec les 4.500 militants, il «faudra quand même prendre le temps de savourer un peu notre victoire», réclame Olivier Dussopt. Derniers instants de calme avant que le parti ne mette à l’épreuve ses bonnes résolutions.

Maud Pierron, à La Rochelle
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