Il en reste un! Des dizaines de livres relatant les coulisses de la dernière campagne présidentielle ont été publiés dans l’immédiat après 6 mai, mais il reste encore un ouvrage qui promet d’éclairer l’arrière-salle des meetings de François Hollande, les dessous des moments clés de l’aventure qui l’a mené à l’Elysée. «Rien ne se passe comme prévu»*, c’est le titre du livre de l’écrivain Laurent Binet, qui pendant huit mois s’est glissé dans les pas du socialiste. Parfois avec les journalistes, parfois avec le staff socialiste, avec accès à (vraiment) toutes les coulisses – c’est Valérie Trierweiler qui l’a introduit auprès de François Hollande –, et toujours avec un carnet à la main, l’auteur de HHhH n’a pas manqué un épisode de la campagne socialiste.
Avec une subjectivité assumée – il se revendique de gauche – il admet au Nouvel Obs: «Hollande m’a séduit: c’est son métier». Laurent Binet estime qu’il a vu un homme «sans états d'âme», une «formidable machine de guerre qui était configurée de façon optimale pour atteindre son but». Il explique aussi que la polémique sur le «sale mec» l’a «fait rire». Pourquoi? «Parce qu'en privé il traitait régulièrement Sarkozy de 'salopard', de manière tout à fait tranquille». Le Nouvel Observateur publie ce jeudi les meilleures feuilles de l’ouvrage qui sortira le 22 août, à la veille de la rentrée des socialistes à La Rochelle.
Le 16 octobre 2011, le soir de sa victoire aux primaires socialistes, par exemple, l’auteur est au domicile du couple Hollande-Trierweiler, dans le 15e arrondissement: Hollande veut rejoindre Solférino mais juste avant, sa compagne lui propose une coupe de champagne: «Non merci, je suis déjà bourré!», rétorque-t-il, avant d’aller rejoindre Martine Aubry.
Le 22 avril, au soir du premier tour, François Hollande regarde la soirée électorale. Eva Joly parle. «Oui, enfin, laisser parler Eva Joly cinq minutes, c’est bizarre…». Puis vient le tour de Jean-Luc Mélenchon, quatrième de la présidentielle. Laurent Binet écrit: «C’est la première fois je crois, que je le vois aussi attentif. (…) Hollande ne peste pas comme pour Eva Joly tout à l’heure et pourtant c’est obligé qu’il trouve la déclaration interminable, on dirait qu’elle ne finira jamais». Une fois que Mélenchon appelle à voter pour «battre Sarkozy», c’est «le soulagement général».
Le 27 avril, soir du dernier «Des paroles et des actes», Nicolas Sarkozy interpelle François Hollande sur des déclarations de Martine Aubry le visant, qui l’a comparé à Bernard Madoff. Condamné à 183 ans de prison, insiste-t-il. Hollande, avant de quitter sa loge, lâche, à l’intention de Sarkozy: «Mais… tu les auras!»
Le 2 mai, le soir du grand débat d’entre-deux tours, Hollande rentre dans sa loge après le plus de deux heures de débat. Le socialiste raconte: «A la fin, il m’a dit bon courage. Comme s’il passait le relais, oui, si on veut, mais enfin, faut faire gaffe. Sa conclusion était pas mal mais très politicarde. (…) "Moi président de la République", ça m’est venu comme ça. Je pense qu’il allait m’interrompre mais non, alors je continuais. A la fin, j’avais plus d’idées», confesse-t-il.
Le 6 mai, lors des résultats du second tour. «Non mais c’est chiant là», c’est la complainte de François Hollande quand la télévision de son bureau du Conseil général, à Tulle, s’éteint à 19h50. Sera-t-il privé des résultats en direct? Non évidemment, la télé fonctionne de nouveau. Hollande voit son fils en direct sur France 2, entouré de deux jeunes femmes. «Il en profite, Thomas!», lance-t-il. Quelques minutes avant, Laurent Binet interroge de nouveau Hollande sur sa tirade « Moi président» et son côté spontané. «En fait, c’est Laurence Ferrari qui me souffle l’idée quand elle me demande : « vous, président de la République, que ferez-vous?» alors je lui réponds. Je n’aurais jamais assez de gratitude pour elle, ha! ha! Je devrais peut-être lui envoyer un mot, hein, Valérie?». Et Trierweiler de répondre: «Oui, oui, bonne idée. Tu veux que je le tweete?» La journaliste ne savait pas qu’un peu plus d’un mois après, après le tweetgate, elle serait placée en liberté surveillée sur Twitter.
*Chez Grasset, sortie le 22 août, 17 euros