François Hollande aux côtés de sa future ministre des sports, Valérie Fourneyron, pendant le tournoi des VI Nations de Rugby 2012.
François Hollande aux côtés de sa future ministre des sports, Valérie Fourneyron, pendant le tournoi des VI Nations de Rugby 2012. - FRANCK FIFE / AFP

Matthieu Goar

«L’indécent» salaire… Le «scandale» du PSG. Depuis mardi, les politiques se ruent sur l’arrivée de Zlatan Ibrahimovic. Deux ministres en activité (Jérôme Cahuzac et Valérie Fourneyron), deux anciennes ministres (Chantal Jouanno et Roselyne Bachelot) et même le président de la République se sont outrés des 14 millions d’euros que touchera la nouvelle star du foot français. «Il existe des équipes qui arrivent à gagner, y compris dans le sport professionnel sans avoir nécessairement des rémunérations très importantes», a ainsi déclaré François Hollande rejoint, pour une fois, par Claude Goasguen, contacté par 20 Minutes. «La morale du foot est décalée par rapport à la situation sociale française. Mais la magnificence des Jeux du Cirque a toujours bien fonctionné en temps de crise, elle fait oublier la réalité…»

Jeux du cirque, magnificence, indécence… Le PSG des Qataris scandalise la République. Ce qui n’est pas inédit. Déjà lors des rumeurs d’arrivée de David Beckham, les politiques de gauche et de droite étaient montés au créneau dans un même élan pour dénoncer son futur salaire. En juin 2010 (après Knysna), le député Jacques Remiller avait demandé à nouveau la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la rémunération des footballeurs. Une demande restée lettre morte. 

Une loi qui permet la mise en place d’un «salary cap»

Ce qui n’a pas empêché les ministres de critiquer Zlatan Ibrahimovic. «C’est de la démagogie. A ce que je sache, Ibrahimovic n’a pas volé son argent, il y a un modèle économique derrière lui, des maillots vendus, des billets achetés, tacle Gérald Darmanin, député UMP du Nord et ancien directeur de cabinet de David Douillet, ministre des Sports. Et puis ce que les politiques oublient, c’est que la Ligue 1 rapporte 600 millions d’euros de rentrée fiscale tous les ans, que l’arrivée de Zlatan va booster le championnat et un club qui serait moribond sans les Qataris.» Un fait que n'a pas manqué de relever Frédéric Thiriez, président de la Ligue de football professionnel, dans les colonnes du Parisien

Les politiques se lamentent mais ils se sont pourtant donné les moyens d’agir. En février dernier,  le Parlement avait en effet voté une loi pour «renforcer l’éthique du sport» qui permet aux fédérations de bloquer la masse salariale des clubs. Un système qu’est en train de mettre en place  la Fédération de rugby. «Plutôt que de faire de la presse à pas cher, de commenter, Madame Fourneyron pourrait agir grâce à cette loi. Elle devrait discuter avec monsieur Thiriez, faire pression.  Ou rencontrer nos partenaires européens car une limitation des salaires ne pourrait marcher qu’au niveau du continent», poursuit Gérald Darmanin.  

Ce qui ne semble pour le moment pas à l’ordre du jour du gouvernement socialiste qui a même réfléchi à un moment à la possibilité d’exonérer les sportifs et artistes de la taxe à 75%. Depuis l’arrivée des Qataris, la mairie de Paris continue à fournir une subvention de 1,5 million d’euros au PSG qui doit bénéficier de 10 millions d’aide de l’Etat pour rénover le Parc des princes. «Il y a une peur de s’attaquer aux Dieux du stade. Dans n’importe quel autre domaine de l’économie, de tels abus auraient été sanctionnés», estime le député libéral Hervé Mariton.

«Personne ne connaît bien le sport de haut niveau à l’Assemblée»

Grand connaisseur du ballon rond auquel il veut consacrer la deuxième partie de sa carrière, Dany Cohn-Bendit juge moins durement l’attitude des politiques. «Oui bien sûr il y a de la démagogie car Ibrahimovc va peut-être rapporter beaucoup plus que cela. Mais en même temps,  il faut réfléchir à une limitation des salaires par rapport au budget réel de chaque club (billetterie, maillots, etc), sans prendre en compte les apports "extérieurs" illimités comme l’argent du Qatar», détaille le député européen que l’on a connu plus affûté sur le sujet. Car avec un tel système, les Qataris n’auraient bien sûr pas investi en France. Hervé Mariton refuse, lui, l’idée de limiter les salaires par la loi mais parle d’une nécessaire «éthique des clubs». « En fait, le réel problème, c’est qu’à part trois ou quatre députés, personne ne connaît bien le haut niveau à l’Assemblée», conclut Gérald Darmanin.