Gaëtan Gorce: «Une motion unique, c'est empêcher le débat»

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Publié le 29 janvier 2014.

INTERVIEW - Le sénateur de la Nièvre, qui dépose une contribution générale avec la conseillère de Paris Juliette Méadel, aimerait changer le fonctionnement du parti...

Quelle est votre réaction à la suite de l’annonce d’une contribution unique de Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault?

Un peu surpris. Je n’avais pas le sentiment que la situation au PS était à ce point tendue qu’elle nécessitait une intervention de ce niveau. Mais c’est une clarification. Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault disent qu’ils veulent promouvoir la rénovation, très bien, mais je pense que la méthode proposée, qui s’achemine vers une motion unique, est en contradiction avec cet objectif. Encore une fois, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Les contributions ont pour vocation à ouvrir le débat et ensuite, on se rassemble autour d’une motion après discussion. En tout cas, il n’est pas question pour nous d’arrêter notre démarche qui est plutôt validée par cette initiative que le contraire.

Y voyez-vous un verrouillage du parti?

C’est votre interprétation. Si oui, cela donnerait raison à ceux qui, comme nous, veulent ouvrir le débat sur le rôle du parti quand la gauche est au pouvoir, son fonctionnement et sa capacité à porter le débat. On pourrait penser que c’est faire en sorte que le grand débat attendu n’ait pas lieu. Mais ce serait paradoxal par rapport aux ambitions affichées par Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault. Le bon moyen d’aider le gouvernement, et il faut l’aider face à la période difficile qui s’annonce,c’est d’ouvrir le débat, l’organiser. Car on ne peut pas empêcher un débat, il se fera ailleurs, dans les médias par exemple, et ce ne sera pas mieux.

Martine Aubry met en avant le souci du rassemblement

Je comprends cet argument. On doit avoir le souci de la sagesse. Mais ce serait paradoxal de justifier l’abandon du débat au prétexte que des personnalités pourraient s’en saisir. Ce serait une forme de critique implicite de la manière dont fonctionne le parti, avec cette lutte des courants et cette concurrence des clans permanente. Nous voulons un fonctionnement différent du parti, que les débats ne se traduisent pas par des polémiques publiques mais par des prises de positions démocratiquement tranchées par des militants. On ne peut pas demander l’unanimisme, la politique ce n’est pas ça. Mais là, on est dans un système qui favorise des rentes de situation d’hommes et de femmes qui ont perdu leur influence acquise au congrès de Reims dont personne ne veut se souvenir. Et quel sens aurait une motion unique pour les militants? Ils n’auraient qu’à la ratifier? Ce serait démobilisateur pour eux.

Pensez-vous qu’il s’agit d’un pas de plus d’Aubry vers un nouveau mandat?

On peut naturellement se poser la question. Mais là, on est plus dans de la «kremlinologie», où l’on en est à étudier les photographies, pour voir qui y est ou pas, qui est dans le couloir, etc. Il faut un fonctionnement clair et se débarrasser de cette culture. La vraie question c’est: est-ce que le PS peut fonctionner normalement quand le PS est au pouvoir? La réponse qu’on a tendance à nous donner, c’est non. Et ça ne correspond pas au temps présent où nous sommes sous le contrôle permanent de l’opinion. Il faut rester solidaire bien sûr et nous ne voulons pas gêner le gouvernement mais l’aider. Mais nous sommes convaincus qu’aider le gouvernement, c’est être franc: ne pas dire ce qu’il veut entendre mais ce qu’il doit entendre pour son bien.

Que proposez-vous?

On part d’un constat: les citoyens se sont éloignés de la politique en raison du fonctionnement des partis politiques. On veut rapprocher le PS des catégories populaires, prendre en compte les sympathisants, ceux qui se sont exprimés à la primaire et qui n’ont jamais été recontactés. Nous prônons aussi une direction collégiale, un binôme paritaire pour le poste de Premier secrétaire et tous les autres postes de direction. Nous voulons combattre toutes les formes de cooptation pour que les militants aient le choix final et réduire l’influence des courants.

Irez-vous jusqu’à la motion?

On n’a encore rien décidé. On peut prendre Martine Aubry au mot sur le plan de la rénovation. Nous allons voir quelles propositions elle fait et nous allons soumettre les nôtres. Nous verrons bien. Mais une motion unique, c’est empêcher le débat. La méthode proposée, sans doute pleine de bonnes intentions, n’est pas la bonne. Nous voulons faire comprendre à nos chefs que la bonne solution, c’est le débat, la confrontation des points de vues, tranchés dans la clarté et pas par des arrangements entre des chefs qui n’ont plus de troupes. Les socialistes peuvent faire mieux et méritent mieux. Nous devons rester à l’avant-garde d’un parti démocratique, suivre le chemin ouvert par les primaires. On aurait désigné notre candidat à la présidentielle par des primaires et on désignerait notre chef du parti par un échange de platitude, dans une quasi unanimité?

Propos recueillis par Maud Pierron
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