Patrick Buisson, bouc émissaire des échecs électoraux de la droite? Le conseiller qui murmurait à l’oreille du président-candidat Nicolas Sarkozy est aujourd’hui l’objet de critiques virulentes. Plusieurs ténors de l’UMP, dont Jean-Pierre Raffarin, François Baroin, Roselyne Bachelot et Nathalie Kosciuko-Morizet accusent l’ancien journaliste d’extrême droite d’être à l’origine de la «dérive droitière» qui aurait mené l’UMP à la défaite.
Ménager Nicolas Sarkozy
La place de cette «âme noire» -une formule signée Roselyne Bachelot-, est récurrente dans l’histoire politique. «Patrick Buisson s’inscrit dans une tradition. Il y a toujours eu des éminences grises derrière les gouvernants, que ce soit sous l’Ancien régime ou en République», explique Jean Garrigues, historien, auteur du livre Les hommes providentiels. Figurent notamment dans cette liste Pierre Juillet et Marie-France Garaud, conseillers officieux du président Georges Pompidou, «libres car sans responsabilités officielles dans un parti ou dans l’organigramme de l’Elysée, puissants dans leur influence sur le chef de l’Etat», ajoute l’historien.
Face à la critique, Patrick Buisson parle peu… sauf pour rappeler opportunément au Nouvel Observateur un déjeuner, le 23 mars dernier, avec NKM. Mais le président de la chaîne Histoire ne dément d’aucune manière l’ascendant qu’il aurait pu avoir sur Nicolas Sarkozy. Un président-candidat sous influence? Peu l’affirment publiquement. «Le lynchage de Patrick Buisson est un ersatz de remise en cause de la stratégie de Nicolas Sarkozy. La critique du conseiller plutôt que du chef est facile, afin de ménager l’image de Nicolas Sarkozy et son possible retour au sein de la droite», commente Jean Garrigues.
Quel avenir pour la ligne Buisson?
Rompant avec un silence bienséant à l’égard de Nicolas Sarkozy, le député UMP de la Mayenne Yannick Favennec déclare: «Il faut appeler un chat un chat. Celui qui est responsable de son conseiller et de ses inflexions droitières, c’est Nicolas Sarkozy. Le soir de sa défaite, il a rappelé sa responsabilité, ce qui implique les choix qu’il a faits et les personnes de qui il s’est entouré.»
L’échec de l’homme Patrick Buisson constitue-t-il l’échec de sa pensée? «L’homme, qui n’est pas un élu et qui a participé à l’échec de Nicolas Sarkozy, n’a pas vocation à rester au cœur de la vie politique», précise Jean Garrigues. Quant à son influence supposée sur la recomposition de la droite, au profit d’une droite «dure», l’historien reste sceptique. «Je n’y crois pas. Les réflexions sur une recomposition et un rapprochement des droites sont à l’œuvre depuis une trentaine d’années. Les idées de Patrick Buisson ne sont pas nouvelles», ajoute l’historien. Quant au député UMP Yannick Favennec, qui a fait le choix de siéger à l’Assemblée nationale avec les centristes (UDI) de Jean-Louis Borloo, il se donne du temps pour voir comment évolue cette question: «Le congrès de l’UMP, en novembre, décidera en autres de nos valeurs. Je reste en observation, pour voir si la ‘ligne Buisson’ perdure ou non. Je ferais ensuite mes choix.»