Jean-Marc Ayrault, à l'Assemblée nationale, le 1er avril 2008.
Jean-Marc Ayrault, à l'Assemblée nationale, le 1er avril 2008. - P. HERTZOG / AFP

Anne-Laëtitia Béraud

Jean-Marc Ayrault va prononcer, ce mardi à 15h, son discours de politique générale. Suivant la tradition, le Premier ministre délivrera ce grand message sur la mise en œuvre de la politique voulue par le président de la République devant les parlementaires, leur demandant leur confiance dans un vote qui suivra cet exposé.

Ce discours, exercice imposé de la Ve République, est un moment à la fois solennel et périlleux. Pendant environ une heure, le Premier ministre va exposer comment le gouvernement va mettre en œuvre les engagements du programme du président de la République, en donnant des indications sur les mesures préparées, en tenant compte de la situation économico-budgétaire tendue du pays. Le discours, «général», n’entre donc pas dans les détails, n’évoquant pas, par exemple, les modes de financements des réformes voulues. 

Vote de confiance du gouvernement

Le vote de confiance, qui suit ce discours, a pour but de valider, ou non, la responsabilité du gouvernement et de ses choix. Ce mardi, celle-ci sera accordée au gouvernement sans problème, la gauche (le PS et ses alliés) détenant la majorité absolue en terme de sièges au Parlement.

>> Revivez en direct le discours de politique générale de François Fillon en novembre 2010

Autre challenge pour le Premier ministre qui doit aussi, dans ce discours, se poser comme le chef de la majorité parlementaire, imprimer son style en laissant découvrir l’homme politique derrière le poste de Premier ministre. Dans un pays où la tradition oratoire est mise sur un piédestal, l’affaire vire parfois à la catastrophe.

Imprimer son style

Parmi ces grands discours ratés, figure celui de Georges Pompidou, en 1962, tombé à plat, ou celui de Raymond Barre en 1976, prononcé plusieurs mois après son entrée en fonction. A l’inverse, le souffle de la politique a envahi l’hémicycle en 1969, lorsque Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre de Georges Pompidou, se lance dans la description d’une «nouvelle société», «plus libérée, généreuse et prospère», qui mêle modernisation économique et de l’Etat avec une politique sociale innovante.

Le discours provoque les foudres du Président Pompidou et des gaullistes de l’Assemblée nationale, ces derniers estimant que Chaban-Delmas dépasse les limites de son poste et vire trop à gauche. Moment de grande tension en 1992 lors du discours de Pierre Bérégovoy, qui, montrant une page dactylographiée, annonce à l'adresse des députés de droite: «J'ai ici une liste de personnalités dont je pourrais parler [à propos d'une affaire de fausses factures NDLR]», menaçant de dévoiler des noms de personnalités corrompues. Autres formules qui sont restées dans l’histoire : «le rêve et le pragmatisme» évoqués par Michel Rocard en 1988, ou encore l’humour de Jean-Pierre Raffarin, en 2002, avec «la route est droite, mais la pente est forte».

>> Ci-dessous le discours de politique générale de Pierre Bérégovoy