Cécile Duflot et François Hollande le 7 juin à l'Elysée.
Cécile Duflot et François Hollande le 7 juin à l'Elysée. - M. BUREAU / AFP

Maud Pierron

Pas facile de se faire sa place à l’Assemblée à côté d’un allié tout puissant. Les écologistes l’ont appris à leurs dépens mardi, une journée qui a confirmé leurs pires craintes. En réunion de groupe, les députés se sont rebellés contre un engagement pris de réserver l’une des huit commissions, celle du Développement durable, pour un écologiste. Coup de sang chez les écolos qui ont tempêté toute la journée de mardi, en vain. «Le non respect d’un engagement souscrit, c’est inquiétant», juge Pascal Durand, nouveau patron d’EELV. «Ce n’est pas simplement une question de poste, c’est vraiment le fait de savoir si l’on peut ou non établir des relations de confiance avec le PS qui a la majorité absolue au Parlement. C’est une alerte», développe l’ex-avocat d’affaires. «Commencer une mandature par la remise en cause d’un accord de partenariat, ça nous interpelle», dit-il encore.

Au PS en effet, on fait peu de cas de ces alliés écologistes dont beaucoup jugent qu’ils ont déjà été trop bien servis pour les législatives aux dépens de camarades du PS, pas loin même de leur contester la légitimité d’être là puisque la plupart n’auraient pas été élus sans l’accord PS/EELV.  «La volonté du groupe, c’était de ne pas segmenter les choses ou déléguer sur des sujets importants», explique d’abord un député. Qui s’empresse d’ajouter sans qu’on le pousse: «Ça va! On leur a donné la commission des affaires européennes et une vice-présidence, ils ne sont que 17.» «2% à la présidentielle et ils voudraient la totale», s’agace un autre, toujours en off. Evidemment, avant le second tour des législatives quand la majorité absolue n'était pas acquise, tous les ténors et candidats expliquaient qu'ils négocieraient toujours au mieux avec les écologistes pour ne pas reproduire les erreurs de 1997/2002.

«Il faut prendre tout ce qu’on nous donne»

Alors évidemment, la situation irrite au plus haut point le nouveau patron du mouvement. «Le score à la présidentielle ne mesure pas la réalité du poids de l’écologie politique dans ce pays sinon ce serait faire fi des scrutins précédents. La discussion a été un peu biaisée: on essaie de faire croire que le score à la présidentielle fait, et cette expression me déplaît, que nous sommes ‘surpayés’». Mais l’écologiste, certes nouveau venu en politique, n’est pas dupe: il assure que les députés EELV accepteront le deal proposé par le PS car ils n’ont pas d’autres choix et car ils veulent peser, même en négociant pied à pied. «On veut participer à cette majorité, à la différence du Front de gauche. Il faut prendre tout ce qu’on nous donne. Une fois que c’est pris, c’est pris. Il faut affronter la réalité du rapport de force», explique-t-il, également conscient des dégâts causés dans l’opinion de la chasse aux ministères de certains ténors écologistes en mai dernier. «On a perdu la bataille de l’image.»

Seule crainte de Pascal Durand: «Je ne voudrais pas que l’écologie soit une variable d’ajustement du rapport de force au sein de l’Assemblée nationale». En clair, que certains socialistes, proches de Hollande, fassent payer aujourd’hui aux écolos l’accord négocié par Martine Aubry, vaincue des primaires, avec Cécile Duflot. «Vu les prises de paroles mardi, c’est beaucoup plus composite que cela», juge un député du PS. Un autre estime que ça a pu «trotter dans un coin de la tête de certains» mais que c’est surtout l’argument du score à la présidentielle et aux législatives, mètre-étalon de la vie politique, qui a compté. Ils ont beau gérer des régions et les départements ensemble, écologistes et socialistes n’on vraiment pas le même logiciel.