«Le soir de mon élection, j’ai reçu trois appels de responsables politiques différents, qui m’invitaient chacun à les rejoindre. Et ça a continué les jours suivants. Sans succès, car je resterai indépendant». Jean Lassalle, député MoDem réélu dans les Pyrénées-Atlantiques, est devenu en quelques jours un objet de grandes convoitises des centristes à l’Assemblée nationale, alors que sonne l’heure de la constitution des groupes parlementaires. Et le Béarnais n’est pas le seul dans ce cas. Dans les rangs des députés sans étiquette, ou indépendants, nombreux sont ceux qui ont reçu, ces derniers jours, des appels du pied plus ou moins insistants de la part des «grands» groupes parlementaires.
Des appels au ralliement qui ont notamment énervé lundi Jean-Luc Mélenchon, ancien candidat du Front de gauche à la présidentielle. Il s’exprimait après que cinq députés ultramarins aient décidé de rejoindre dix députés du Front de gauche, dans le but de constituer un groupe parlementaire.
Jean-Luc Mélenchon a fustigé l’attitude du Parti socialiste, qui, selon lui, tentait de dissuader les députés ultramarins d'aider le Front de gauche à constituer ce groupe parlementaire. «Le PS tente un par un d'empêcher les députés ultramarins de constituer notre groupe. Les socialistes ont décidé de détruire tout ce qui n'est pas eux», a déclaré Jean-Luc Mélenchon lors d’une conférence de presse au siège du Parti de gauche.
Des manœuvres à gauche, qui existent aussi à droite, alors que l’UMP entre dans l’opposition au Palais Bourbon. «Je suis très courtisée», raconte Véronique Besse, du Mouvement pour la France de Philippe de Villiers, réélue députée en Vendée. L’ancienne candidate a reçu pas mal d'appels d'élus de l’UMP. Elle se laisse le temps… de ne pas répondre. Des coups de téléphone de membres de l'UMP, des courriels, mais aussi des rencontres pour le jeune Yannick Moreau, qui vient d'être élu député (divers droite) vendéen. «Même les centristes de Jean-Louis Borloo ont essayé!», sourit-il.
«J’ai souvent voté des lois avec l’UMP, mais pas question de les rejoindre pour devenir une députée UMP godillot, qui vote tous les textes», déclare Véronique Besse. Avant de nuancer: «Mon choix peut changer au cours de la législature.» Pour quelles raisons? L'hypothèse pourrait se présenter si des groupes de l’UMP, telle que la Droite populaire, prennent leur essor et créent un nouveau groupe parlementaire. «Je suis proche des valeurs de la Droite populaire, tout comme du courant Droite rurale. D’ici novembre [date du congrès de l’UMP], je ne changerai pas. Après, je verrais si je rejoins leurs rangs ou non», explique l'élue vendéenne.
Yannick Moreau, qui a «décliné les invitations» mais souhaite «jouer collectif» dans l'Hémicycle, se laisse un peu de temps pour connaître la «maison» Assemblée nationale et les gens qui y travaillent. «Je suis un député libre, de droite, et c'est aujourd'hui prématuré de dire que je rejoindrai tel ou tel courant. Par contre, j'aviserai quand la droite se recomposera. Cela prendra peut-être du temps, mais je vois bien les forces centrifuges qui sont à l'oeuvre à l'UMP.»