François Fillon, venu soutenir Nadine Morano à Toul, le 13 juin 2012.
 François Fillon, venu soutenir Nadine Morano à Toul, le 13 juin 2012. - POL EMILE/SIPA

E.O. avec AFP

Des «tirs dans la nuque» depuis un «champ de pâquerettes». Trois jours après la lourde défaite de la droite aux législatives, le bureau politique de l'UMP a été très houleux mercredi et marqué par le coup de colère de Nadine Morano, battue en Meurthe-et-Moselle, qui a réglé ses comptes publiquement avec François Fillon.

«Il faut que nos échanges soient francs et directs», a lancé en introduction le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, selon des participants à cette réunion à huis clos à l'Assemblée nationale. Il a été servi... Certains membres du BP - à commencer par les députés battus - n'ont pas à hésité à vider leur sac.

Morano: «J'étais sur un champ de mines»

«Il y a beaucoup de déception. Certains en ont gros sur le coeur et l'ont dit», a confié l'ex-ministre Jeannette Bougrab. La pression est montée crescendo, certains reprochant d'abord à l'ex-gouvernement Fillon d'avoir refusé de supprimer les triangulaires aux législatives comme le proposaient les députés UMP après la défaite des régionales de 2010. «Un premier scud contre Fillon», décrypte un participant.

La charge est ensuite venue de Nadine Morano. Elle a interpellé François Fillon en lisant notamment des articles de la presse lorraine qui reprenaient les sévères critiques formulées à son égard par l'ex-Premier ministre après sa discussion en toute sympathie avec un faux Louis Aliot (FN) dans un canular de Gérald Dahan. Elle «aurait dû raccrocher tout  de suite», avait sermonné François Fillon, car «on ne parle pas aux dirigeants du FN».

«Pendant que certains étaient dans des champs de pâquerettes, j'étais sur un champ de mines», a lancé l'ancienne ministre. Allusion limpide à François Fillon, qui a quitté son fief sarthois - ravi par la gauche et le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll - pour devenir député de la 2e circonscription de Paris, acquise à la droite.

«Les suceurs de micros invétérés nous emmerdent»

«Moi je ne tire pas dans la nuque», a encore lancé Nadine Morano, jugeant que les critiques de François Fillon l'avaient «précipitée dans le ravin». Applaudie par la salle, elle a reçu le soutien de Jean-Marc Roubaud, défait dans le Gard. «Les leçons, vous pouvez les faire au coin des chaumières à Paris mais comptez plus sur nous en province ! Les suceurs de micros invétérés nous emmerdent», a-t-il lâché.

François Baroin a répliqué sèchement: «pendant 25 minutes, Nadine a expliqué sa défaite sans, à aucun moment, se remettre en question. Dans ma circonscription aussi, je connais la problématique d'un FN fort». Lundi déjà, l'ex-ministre de l'Economie avait critiqué son ancienne consoeur du gouvernement en fustigeant ceux qui avaient déclaré «qu'ils partageaient les valeurs du FN, ou qu'ils trouvaient de la sympathie pour Marine Le Pen. «C'est quoi la prochaine étape? On prend un verre ensemble?», avait-il ironisé.

«Aujourd'hui, ça fait 2 à 0 pour Copé contre Fillon»

Assis au premier rang de la salle Colbert, François Fillon a aussi répondu à Nadine Morano sans se retourner vers elle: «Ceux qui ont été battus, je comprends leur colère, leur souffrance. Si j'ai été mal compris, je le regrette». «On a adopté une position ensemble, ce n'était pas exactement la mienne. Chacun sait que le ni-ni (ni Front national, ni gauche) n'est pas la meilleure solution pour moi, mais je me suis tenu à la position prise ensemble et j'attendais la même chose de tout le monde», a-t-il insisté.

Toujours très en colère à la sortie du BP, Nadine Morano a dit «faire partie de ceux qui lavent leur linge sale en famille». «Donc j'ai amené beaucoup de lessive, parce qu'après moi, j'aime bien quand les choses sont propres (...) Le style "Je tire une balle dans le pied", ça n'a jamais fait partie de mon comportement politique, j'entends pas être victime de ceux qui le pratiquent».

Interrogé par la presse, Jean-François Copé semblait ravi des difficultés de son rival à la présidence de l'UMP. «Moi, mon rôle c'est plutôt d'être le chef de famille et que les gens se rabibochent». «Aujourd'hui, ça fait 2 à 0 pour Copé contre Fillon» dans le match pour l'UMP, jubilait un copéiste après la défaite de Xavier Bertrand face à Christian Jacob pour la présidence du groupe.