Avec deux députés, des marges de manoeuvre limitées mais réelles pour le FN

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Publié le 18 juin 2012.

PARIS - Avec deux députés, le Front national aura certainement du mal à exister à l'Assemblée nationale, mais sa présence est déjà un symbole fort et lui donnera une surface médiatique supplémentaire, avec en prime l'occasion de mener quelques coups politiques.

Grâce aux victoires de l'avocat médiatique Gilbert Collard et de Marion Maréchal-Le Pen, le FN retrouve le Palais Bourbon où il est absent depuis 1998.

"Ce sera deux voix parmi 577, je vous l'accorde, mais c'est beaucoup mieux que zéro et c'était zéro depuis quinze ans", s'est félicité lundi matin le porte-parole frontiste Florian Philippot.

Avec son statut de benjamine de l'Assemblée, Marion Maréchal-Le Pen, 22 ans, aura le privilège d'être l'un des secrétaires de la séance inaugurale. De quoi produire de belles images au bénéfice du FN, habitué à l'isolement politique. La petite-fille de Jean-Marie Le Pen sera aussi l'invitée du JT de France 2 lundi soir.

"Du bruit constructif"

Au-delà du symbole, Florian Philippot convient qu'avec une majorité absolue pour le PS, "on ne changera pas la politique de la France".

"On sera là pour faire du bruit constructif", a-t-il lâché sur le plateau de la Matinale de Canal+.

De fait, dans l'opposition et sans groupe parlementaire (15 députés minimum), la marge de manoeuvre sera limitée. Dans la pratique, les députés non-inscrits ont peu, voire très peu l'occasion de poser des questions au gouvernement durant les séances d'actualité et doivent se partager les sièges vacants dans les commissions. Ce qui n'empêche pas d'occuper la salle des Quatre colonnes, rendez-vous obligé des médias à l'Assemblée nationale.

De plus, sur la discussion des textes de loi, "le temps de parole n'est pas si négligeable", tempère Nicolas Dupont-Aignan, lui-même non-inscrit sous la précédente législature et réélu député de l'Essonne dimanche.

Inexpérience et effets de tribune

Autre bémol, l'absence au Palais Bourbon de la chef de troupe, Marine Le Pen, qui a échoué de justesse dans le Pas-de-Calais.

"Avec Marine Le Pen et Florian Philippot", diplômé de l'ENA et nouvelle caution "techno" du parti, "il y aurait eu incontestablement une affirmation de la crédibilité du FN", souligne à l'AFP le spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus. "Là, ce qu'ils peuvent craindre, c'est l'inexpérience de Marion Maréchal-Le Pen et les effets de tribune répétés de Gilbert Collard".

Dimanche soir, l'avocat médiatique, connu pour son verbe mais sans véritable expérience politique, a promis d'être "un casse-couilles démocratique" à l'Assemblée.

"Ca risque d'être contre-productif, alors que Marine Le Pen aurait pu relayer efficacement les idées du FN", juge le sociologue Sylvain Crépon, spécialiste du FN à l'université de Nanterre.

Au FN, un cadre explique que les "CAPS", les cellules thématiques du parti "devront se mettre au service de nos députés". Peut-être pour insérer habilement des amendemements sur certains textes et provoquer la polémique puis le débat sur des sujets sensibles. Marine Le Pen est rodée à cet exercice, comme elle a pu le démontrer sur les prières de rue ou la viande halal.

"Là où ils ont une fenêtre à jouer, c'est qu'ils pourraient parfois obtenir l'appui de députés de la droite de l'UMP" sur certaines initiatives, imagine Jean-Yves Camus. Conséquence assurée: la confusion et la zizanie à l'UMP sur le positionnement face au FN.

"Mais cela suppose que l'UMP tombe dans le panneau. Ne vont-ils pas plutôt définir une stratégie pour ne pas y succomber?", se demande Sylvain Crépon.

Quant à Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard, leurs votes seront aussi scrutés à la loupe.

"Tout ce qui aura un intéret pour le pays, je le voterai. Peu importe qui présentera la proposition de loi", a assuré lundi matin l'avocat, qui n'a pas pris sa carte au FN.

© 2012 AFP
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