Dix ans après l'attentat de Karachi, les zones d'ombres subsistent

4 contributions
Publié le 8 mai 2012.

AFFAIRE - L'homme d'affaires Ziad Takieddine doit à nouveau être auditionné mercredi...

Dix ans après l'attentat de Karachi le 8 mai 2002, l'intermédiaire en contrats d'armement Ziad Takieddine doit de nouveau être auditionné mercredi, dans le volet financier de ce dossier, à propos d'importants retraits en espèce sur des comptes étrangers entre 1994 et 1996.

Mis en examen pour recel d'abus sociaux aggravé et faux témoignage en septembre 2011, l'homme d'affaire franco-libanais a été mis en examen une troisième fois le 24 avril pour blanchiment aggravé.

Les juges d'instruction financiers parisiens Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke enquêtent sur un éventuel détournement des commissions liées aux contrats d'armement au profit de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995. Le 5 avril, ils ont obtenu l'élargissement de leur enquête à de possibles faits de blanchiment aggravé de 1993 à mars 2012.

500.000 euros en liquide

Le 24 avril dernier, le juge Van Ruymbeke a interrogé Takieddine sur des mouvements bancaires suspects - au Lichtenstein, en Espagne et en Suisse - qui pourraient être liés à l'encaissement de commissions versées dans le cadre des contrats d'armement avec le Pakistan (sous-marins Agosta) et l'Arabie saoudite (frégates Sawari II) via des sociétés écran.

Le juge soupçonne que les virements bancaires sur le compte de l'homme d'affaires Abdul Rahman El Assir, soupçonné comme Takieddine d'avoir joué les intermédiaires, ont donné lieu à des retraits d'importantes sommes en liquide, en 1994 et 1995.

«Je n'ai nullement bénéficié de ces retraits, je ne suis lié en aucune manière à M. El Assir», a répondu Takieddine faisant valoir qu'il n'était lié à aucun des comptes bancaires incriminés, selon le PV d'audition consulté par l'AFP.

Selon l'enquête, six de ces retraits coïncident avec la présence à Genève de Ziad Takieddine. Le 28 juillet 1994 notamment, un million de francs sont versés sur le compte de Abdul Rahman El Assir. Le soir-même, Ziad Takieddine est intercepté à la frontière franco-suisse en possession de 500.000 francs en liquide.

«Un hasard malheureux»

«La somme provient de mon compte personnel (...) si des retraits ont été effectués les jours où j'étais à Genève, c'est un hasard malheureux», a plaidé Ziad Takieddine selon lequel sa présence, pour peu qu'elle soit établie «ne prouve pas une implication quelconque dans les retraits».

L'homme d'affaires a également nié avoir eu connaissance d'une note écrite de Abdul Rahman El Assir à son banquier suisse pour mettre à sa disposition 1 MF lors du premier retrait, le 2 juin 1994.

Les juges s'intéressent aussi à 28 millions de francs transférés entre février 1995 et juillet 1996, sur ordre de Abdul Rahman Assir, par le compte de la société Mercor (liée au contrat Agosta), sur celui de la société Fitzroy de Ziad Takieddine. Ces fonds auraient permis à Ziad Takieddine d'acheter une maison à Londres, selon un document consulté par l'AFP.

L'arrêt des versements de commissions, hypothèse privilégiée

«Ce ne sont pas des commissions qui m'ont été payées», a expliqué Takieddine lors d'une précédente audition en précisant que ces sommes lui étaient versées au titre de «prestations de service pour l'Arabie saoudite».

Takieddine, qui admet être intervenu pour Sawari II, nie tout rôle avec le Pakistan. Plusieurs témoins ont toutefois affirmé qu'il avait été imposé à la dernière minute, avec Abdul Rahman El-Assir comme intermédiaire.

L'homme d'affaires affirme par ailleurs que les commissions n'ont pas été stoppées en 1995 après l'élection de Jacques Chirac, comme le disent les chiraquiens mais «détournées» vers d'autres destinataires.

Dans ce dossier tentaculaire, l'ex-ministre Renaud Donnedieu de Vabres a également été mis en examen, de même que deux proches de Nicolas Sarkozy, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert.

Chargé du volet terroriste de l'enquête, le juge Marc Trévidic, privilégie la thèse d'un attentat perpétré en représailles à l'arrêt, par la France, du versement de commissions.

Avec AFP
publicité
publicité
publicité

publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr