Vincent Feltesse.
Vincent Feltesse. - S. ORTOLA / 20 minutes

Propos recueillis par Mickaël Bosredon, à Bordeaux

Vous êtes responsable de la web campagne de François Hollande. Qu’est-ce qui a changé sur le Web par rapport à la campagne de 2007?

La grande originalité de cette campagne est que le numérique est devenu un outil de mobilisation. Nous sommes présents sur les réseaux sociaux, et dans les différents classements, François Hollande arrive en tête sur le Net. Mais cette année, le numérique est aussi organisé pour lever des fonds et faire du porte-à-porte. Chaque semaine, nous sollicitions les abonnés à travers notre newsletter et nous mobilisons entre 50.000 et 80.000 euros, pour des projets différents. Nous avons commencé avec 700.000 abonnés à la newsletter, mais je ne communique plus sur l’évolution de ce chiffre qui continue de monter. Nous avons aussi développé un système de militantisme sur les réseaux sociaux. Ainsi, dès ce week-end nous lançons à travers toute la France l’opération 5 millions de portes frappées, qui vise notamment les zones à fort taux d’abstention.

Le porte-à-porte, ce n’est pas vraiment une nouveauté pour faire campagne…

Il n’y en a jamais eu comme celle-là, de manière systématique à travers toute la France. C’est une tradition qui était jusqu’alors plutôt locale. Nous avons identifié toutes les zones de France plutôt de gauche, mais à fort taux d’abstention, pour convaincre les électeurs d’aller voter. Les différentes études et simulations montrent que cette stratégie peut arriver à faire basculer une personne sur quatorze qui auparavant n’allait pas voter. Sur cinq millions de personnes visées, c’est conséquent.

Qu’est-ce qui vous a inspiré cette nouvelle méthode?

C’est un mélange de ce que nos élus locaux faisaient traditionnellement, de la campagne d’Obama en 2008, et de ce que nous avions testé de manière embryonnaire en 2007. Nous avons des formateurs au niveau national, environ 20 personnes, et quelque 100 formateurs qui eux font des campagnes à travers toute la France pour mobiliser des encadrants. Nous en avons à ce jour 5.000; nous en visons 10.000. Ils devront encadrer 15.0000 personnes qui mèneront sur le terrain la campagne du porte-à-porte à travers toute la France, chacune consacrant une soirée sur les cinq semaines de campagne qu’il reste.

Comment analysez-vous les derniers sondages qui montrent une hausse de Nicolas Sarkozy?

D’abord, c’est moins une remontée de Sarkozy qu’une baisse d’Hollande. Ce qui s’explique: nous entrons dans une nouvelle période de la campagne, avec cinq candidats à gauche, Bayrou au centre, Sarkozy seul à droite et Marine Le Pen. La dispersion des candidats est donc bien plus forte à gauche qu’à droite. Et dorénavant le temps de parole va être réglementé, ce qui favorise généralement les petits candidats. Il faut donc que nous restions mobilisés, car une élection n’est jamais gagnée d’avance.