ROUBAIX - Eva Joly a tenté de se relancer samedi à Roubaix en présentant son projet présidentiel, appelant ses sympathisants à voter "avec leur coeur", mais avec des sondages en berne à 2-3%, la tâche de la candidate d'EELV sera difficile.
Pour son premier grand meeting, l'eurodéputée a commencé son discours en ch'ti à la salle Watremez, faisant rire les 1.400 personnes présentes, sous des drapeaux verts, tricolores et européens.
S'en prenant longuement à Nicolas Sarkozy, l'ex-juge a fustigé son idée de référendum "faite pour humilier" les chômeurs, lui qui "a fait des cadeaux à ses copains, aux riches" pendant son quinquennat. Le chef de l'Etat "est mal placé pour nous parler des valeurs", a-t-elle souligné.
Attendue pour un discours plus personnel, la Franco-Norvégienne a finalement simplement parlé de "la France généreuse" qu'elle "aime", celle qui l'a "accueillie jeune fille au pair". "Cette France n'a rien à voir avec la France de Nicolas Sarkozy!".
Mais au long de ces trois-quart d'heure (la majorité sur son projet), la ferveur n'était pas perceptible dans la salle.
Bien applaudie à la fin, elle a tenté de motiver les troupes : "il ne suffit pas de chasser Nicolas Sarkozy de l'Elysée, il faut donner du sens à ce changement". "Le 22 avril, votez avec votre coeur, votez juste!"
Au cours de la journée, les personnalités d'EELV s'étaient relayées à la tribune pour afficher leur soutien à "Eva", de Cécile Duflot à Dominique Voynet ou Noël Mamère.
Cette séquence a en tout cas permis à la candidate de présenter son programme, "un projet de réconciliation" après un "quinquennat de division". Objectif : réconcilier "la France avec l’Europe", "les Français entre eux" et "avec l’avenir" par la transition écologique.
Lors d'un point-presse en matinée, Mme Joly, voulant montrer la crédibilité de son projet en temps de crise, a martelé que sur le chômage, le pouvoir d'achat et la santé, "l'écologie, c'est la solution".
Parmi ses principales mesures : création d'un million d'emplois par la conversion écologique, sortie du nucléaire en 20 ans, dénucléarisation militaire, taxe carbone avec "chèque vert" pour les moins favorisés, nouvelles tranches d'imposition (70% au-delà de 500.000 euros annuels), retraite à 60 ans sans décote, augmentation de 50% des minima sociaux, ou encore "traque" de la délinquance financière.
"Les idées fraîches, nouvelles, jeunes en politique c'est moi qui les porte", a-t-elle lancé, reconnaissant une "difficile campagne".
Alors que les sondages la plombent, son directeur de campagne Stéphane Sitbon-Gomez veut croire que "rien n'est joué", voulant "démonter la mécanique du vote utile".
Mais jusqu'ici, François Hollande "prend 42% des électeurs d'EELV des dernières régionales", selon Frédéric Dabi (Ifop). Le sondeur souligne aussi qu'"au-delà de la personnalité atypique d'Eva Joly, les préoccupations environnementales sont en vrai retrait dans l'opinion publique" vu la crise.
De plus à EELV, ils semblent peu nombreux à croire encore en sa capacité à redresser la barre et à être audible, certains évoquant toujours en sourdine un retrait.
Absent à Roubaix, Daniel Cohn-Bendit, apparu dans une vidéo pas très enthousiaste au cours du meeting, a déjà parlé la semaine dernière de "faire les comptes" fin mars-début avril. Et M. Cohn-Bendit a remis une couche samedi dans Libération : "si tu te retires, ça crée un vide. Si tu continues, tu es dans le vide. Qu'ils choisissent le meilleur vide!"