Mais en fait, c'est quoi un point Godwin?

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Publié le 8 février 2012.

POLÉMIQUE – L'évocation du nazisme mardi à l'Assemblée à propos de la sortie de Claude Guéant sur les civilisations a été pour beaucoup un bel exemple de «point Godwin»...

Evoqué par de nombreux commentateurs après que le gouvernement et les députés de la majorité ont quitté, mardi, l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le «point Godwin» est une expression apparue aux Etats-Unis en 1990. Il découle de la «loi de Godwin», théorisée par l’avocat américain Mike Godwin et décrite en ces termes: «Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.»

Appliquée d’abord aux espaces de discussions sur Internet, la loi de Godwin s’est peu à peu démocratisée, pour régir depuis ces dernières années n’importe quel débat. L’idée est simple: l’évocation d’Hitler ou du nazisme dans un débat suffit à mettre fin à ce débat, les arguments sensés ayant été remplacés par une analogie extrême. Dans le cas de l’incident à l’Assemblée nationale de mardi, c’est l’évocation du nazisme par le député apparenté PS Serge Letchimy à propos de la sortie de Claude Guéant sur les «civilisations» qui «ne se valent pas» qui a provoqué le départ du gouvernement et des députés UMP. Le point Godwin avait été atteint.

Godwin, Judas et Ponce Pilate

Mais l’idée même de point Godwin existait bien avant 1990 et sa théorisation. Dès 1954, l’expression ironique pseudo-latine Reductio ad Hitlerium était employée dans un ouvrage du philosophe Leo Strauss pour accompagner cette idée: «Qu'Hitler ait partagé une opinion ne suffit pas à la réfuter». Avant même qu’Hitler ne devienne le symbole – et la référence – du personnage universellement détesté, le concept existait. A la place du dictateur nazi étaient souvent évoqués des personnages bibliques tels que le Pharaon de l’Exode, Ponce Pilate ou Judas Iscariote.

De la même manière, Serge Letchimy n’est pas le premier homme politique français à avoir atteint le point Godwin ces dernières années. De Pierre Moscovici à Marine Le Pen en passant par Laurent Wauquiez ou même Carla Bruni, les évocations d’Hitler, du nazisme, de la gestapo ou de Vichy ont émaillé le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Citons pour l’exemple un point Godwin atteint de belle manière en 2009 par Christian Estrosi, alors ministre de l’Industrie, pour défendre le débat sur l’identité nationale: «Si, à la veille du second conflit mondial, le peuple allemand avait entrepris de s’interroger sur ce qui fonde l’identité allemande (...), alors peut-être aurions-nous évité l’atroce et douloureux naufrage de la civilisation européenne.» Imparable.

Nicolas Bégasse
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