L'ancien ministre Eric Woerth doit être mis en examen ce mercredi à Bordeaux, soupçonné d'avoir perçu de la milliardaire Liliane Bettencourt, en tant que trésorier de l'UMP, des sommes excédant largement le plafond légal pour financer la campagne présidentielle de 2007.
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Il devrait aussi être mis en examen pour abus de faiblesse: en effet, une expertise médicale réalisée sur Liliane Bettencourt en juin dernier a montré que, depuis septembre 2006, la milliardaire âgée de 89 ans souffre de problèmes cérébraux, ce qui entache de doute sa volonté réelle dans la plupart de ses actes depuis cette date. Eric Woerth, évincé en novembre 2010 du gouvernement à cause de cette affaire, a été mis en cause par l'ancienne comptable des Bettencourt, Claire Thibout.
Celle-ci a raconté à la police en juillet 2010 comment l'ancien homme de confiance de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, patron des sociétés chargées de gérer la fortune de la milliardaire, lui aurait demandé en janvier 2007 de lui apporter 150.000 euros en liquide qu'il comptait donner à Eric Woerth, pour, avait-elle supposé, la campagne de Nicolas Sarkozy.
Elle n'avait pu apporter que 50.000 euros, qu'elle avait donnés à Liliane Bettencourt qui les avait remis à Patrice de Maistre. Les faits se seraient passés le 18 janvier 2007, avant un rendez-vous de Patrice de Maistre avec Eric Woerth le 19, soutient la comptable, les agendas corroborant en partie ces données. Selon Claire Thibout, par ailleurs, Patrice de Maistre lui avait dit «C'est bien pratique d'avoir des comptes en Suisse», ce qu'elle avait interprété comme le moyen trouvé par ce dernier de se procurer 100.000 autres euros destinés à Eric Woerth. Tant ce dernier que Patrice de Maistre ont toujours démenti les allégations de Claire Thibout.
Interrogé par la police le 29 juillet 2010 dans son bureau du ministère du Travail, Eric Woerth a présenté Patrice de Maistre comme «un homme avenant», avec lequel il a «des relations sympathiques», mais dont «on ne peut pas dire que ce soit un ami», quoiqu'il soit intervenu pour que Patrice de Maistre obtienne la Légion d'Honneur, et que Patrice de Maistre ait embauché sa femme Florence.
Eric Woerth a déclaré à la police avoir rencontré Patrice de Maistre en septembre 2006, à la demande de celui-ci, qui souhaitait «aider personnellement l'UMP» et savoir comment les Bettencourt pouvaient aussi «aider l'UMP et l'action de Nicolas Sarkozy». «J'ai pu lui dire que dans un couple, chaque conjoint peut apporter jusqu'à 7.500 euros», a indiqué Eric Woerth, assurant que les Bettencourt se sont ainsi conformés au maximum légal et que Patrice de Maistre ne lui a «jamais donné aucune somme en liquide, aucune enveloppe».
Patrice de Maistre a nié de la même manière, soulignant aussi quelques contradictions dans les témoignages de Claire Thibout. Cependant, selon un proche du dossier, le juge Jean-Michel Gentil, qui a enquêté en Suisse après les propos prêtés par Claire Thibout à Patrice de Maistre, «semble avoir trouvé des choses intéressantes». Trois personnes ont déjà été mises en examen en décembre pour abus de faiblesse: l'ami de l'héritière de l'Oréal François-Marie Banier, le compagnon de celui-ci Martin d'Orgeval et Patrice de Maistre.
L'annonce de la convocation de Eric Woerth, à deux mois de l'élection présidentielle, a fait sensation la semaine dernière dans la presse («Woerth sur le grill, ça chauffe pour Sarkozy», a ainsi titré Libération) plus que dans les milieux politiques, qui ne l'ont pas commentée. Pour un proche du dossier, cependant, ce calendrier montre que le juge Gentil, qui mène depuis décembre 2010 son instruction complètement à l'abri des médias, «n'a l'intention de s'en laisser compter par personne».