L'ex-ministre socialiste Pierre Joxe, devenu avocat spécialisé dans la défense des enfants, plaide pour le système français de justice des mineurs, régie par un droit spécial dont il redoute la "démolition", dans un livre intitulé "Pas de quartier?", publié mercredi.
L'ex-ministre socialiste Pierre Joxe, devenu avocat spécialisé dans la défense des enfants, plaide pour le système français de justice des mineurs, régie par un droit spécial dont il redoute la "démolition", dans un livre intitulé "Pas de quartier?", publié mercredi. - BORIS HORVAT afp.com

© 2012 AFP

L'ex-ministre socialiste Pierre Joxe, devenu avocat spécialisé dans la défense des enfants, plaide pour le système français de justice des mineurs, régie par un droit spécial dont il redoute la "démolition", dans un livre intitulé "Pas de quartier?", publié mercredi.

M. Joxe fut député, plusieurs fois ministre (Industrie, Intérieur et Défense), premier président de la Cour des Comptes et membre du Conseil constitutionnel, de 2001 à 2010.

"J'ai découvert la justice des mineurs (régie par l'ordonnance de 1945 ndlr) à l'occasion de la loi +Perben I+ de 2002, déjà d'inspiration sarkozyste, qui commençait à démolir le système", a-t-il expliqué à l'AFP.

"Puis, la loi dite +Perben II+ de 2004 a introduit une mesure unique dans l'Europe démocratique, la possibilité de mettre un enfant en garde à vue pendant quatre jours dans certaines circonstances. C'est là que je me suis dit: quand je sortirai du Conseil constitutionnel, je vais me consacrer au droit des mineurs".

En mars 2010, Pierre Joxe s'est donc inscrit au barreau de Paris et après une "période d'observation" dans des tribunaux en France et à l'étranger, a commencé à plaider.

Aujourd'hui, à 77 ans, il exerce "à temps partiel" son activité d'avocat, se consacrant "uniquement aux mineurs et aux commissions d'office" (la défense des enfants dont les familles n'ont pas de ressources).

"Je refuse toute clientèle privée", dit-il. "Premièrement, je n'ai pas besoin de ça pour vivre. Deuxièmement, je fais ça pour des raisons patriotiques et civiques, parce que la démolition du système français de 1945 est un grand danger pour la démocratie".

Dans la première moitié de son livre, Pierre Joxe narre une dizaine d'affaires auxquelles il a assisté. Certains enfants sont issus de familles engluées dans des problèmes d'inceste, d'alcool, de violences ...

"D'une façon massive, obsédante (...), j'ai vérifié la coïncidence de plus en plus frappante entre relégation urbaine, misère sociale et délinquance juvénile", écrit-il.

Dans la deuxième partie, il dénonce une "frénésie" législative qui, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, a modifié ces dix dernières années l'ordonnance de 1945, "prestigieux héritage de la Résistance" donnant la priorité aux actions éducatives sur les mesures répressives.

C'est pourtant "un droit qui fonctionne assez bien en France puisque, aujourd'hui, plus de 80% des jeunes passant devant la justice des mineurs ne réitèrent jamais", écrit-il, déplorant qu'"au moins une loi par an, parfois deux", soit votée, "pour mettre en cause et bientôt en ruines le système inauguré en 1945".

"Cette évolution nous conduirait, si elle se poursuivait, à un régime de droit des mineurs comparable à celui qui existe aux Etats-Unis, qui traite les enfants comme les adultes", a-t-il affirmé à l'AFP.

"La France ferait mieux de s'inspirer de ce qui se passe chez certains de ses voisins européens", écrit M. Joxe, soulignant que la Suisse a mis en place en 2007 une loi fédérale inspirée du modèle français.

(Pas de quartier? Délinquance juvénile et justice des mineurs, Ed. Fayard, 316 pages, 19 euros)