Les voeux du Nouvel An, une tradition politique qui se démocratise

POLITIQUE A peine respectée avant la Ve République, la tradition des voeux du Nouvel An est aujourd'hui respectée par tous les politiques...

Nicolas Bégasse

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Capture d'écran de la vidéo des voeux du Nouvel An d'Eva Joly à l'occasion du passage en 2012.

Capture d'écran de la vidéo des voeux du Nouvel An d'Eva Joly à l'occasion du passage en 2012. — 20MINUTES.FR

Alors que les vœux des politiques continuent de s’enchaîner et que Nicolas Sarkozy entame à peine son tour de France des vœux aux forces vives, 20 Minutes fait le point sur le respect de cette tradition en politique et ses évolutions.

De quand date la tradition des vœux du Nouvel An?

De l’Empire romain. Dans un article sur les origines du Nouvel An, le site La France pittoresque nous apprend que les Romains avaient coutume de s’offrir du miel et des figues, puis des pièces de monnaie. «Avec les présents, ils se souhaitaient mutuellement toute sorte de bonheurs et de prospérité pour le reste de l’année», écrit l’article. Le Jour de l’An était un jour de fête, dédié «au dieu Janus, qu’on représentait à deux visages, l’un devant et l’autre derrière, comme regardant l’année passée et la prochaine».

Quand est-ce que le Président s’est emparé de cette tradition?

Dès la IIIe République. Président de la République de 1879 à 1887, c’est Jules Grévy qui a, le premier, présenté ses vœux à l’occasion du Nouvel An. Mais la tradition n’a été suivie avec régularité qu’avec le général de Gaulle. Avant lui, ce sont surtout les présidents du Conseil de la IVe République qui adressent leurs vœux à la Nation, selon Jean-Marc Leblanc, maître de conférences en sciences du langage à l’Université Paris-Est Créteil (Val-de-Marne) et spécialiste des vœux présidentiels. A l’époque, les vœux «se faisaient plutôt à la radio, évidemment, et de manière irrégulière: il n’y en avait pas tous les ans». Ils n’étaient pas non plus forcément fixés au 1er janvier: Vincent Auriol en a présentés le 6 janvier, René Coty le 26 décembre. A partir de la Ve République, tous les Présidents se sont pliés à la tradition.

Un style pour chaque Président?

Oui, même si le style De Gaulle est le plus unique. «Ses vœux ne sont pas vraiment des vœux, explique Jean-Marc Leblanc, il parle de la France, du monde, mais pas de lui-même ou des Français.» Mais des «formes rituelles» se retrouvent par la suite chez tous ses successeurs à l’Elysée, selon le chercheur. Parmi elles, «l’omniscience et l’empathie» du Président, qui connaît les difficultés des gens et qui sait que la situation va s’améliorer.

Comment étaient les vœux de Nicolas Sarkozy version 2011?

Proches du style Chirac. «C’est assez curieux, Sarkozy était assez différent de Chirac mais il s’en est de plus en plus rapproché», selon Jean-Marc Leblanc, notamment d’après lui, en employant certains mots comme «solidarité» ou «valeurs». Pour ses vœux de samedi dernier, Nicolas Sarkozy «a banalisé ses formes», employant moins le «je» et le «vous» et se concentrant sur l’analyse de la crise. «Il est passé de l’hyperprésident qu’on lui reprochait à ses débuts à une figure plus neutre.»

Les vœux: une tendance parmi les politiques?

Oui, de plus en plus. Fin 2011 comme depuis plusieurs années, beaucoup de politiques, candidats ou pas à la présidentielle, ont présenté leurs vœux aux Français. Souvent sous forme de vidéo, ces initiatives du Nouvel An sont directement liées à l’essor d’Internet dans la vie politique, selon Jean-Marc Leblanc. «Le Web est entré dans les usages des politiques, chacun a son blog, son Twitter, ça leur facilite la tâche.» Les dernières présidentielles n’ont pas vu autant de vœux: Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal étaient les premiers candidats à publier leurs vœux sur Internet lors du passage en 2007. Pour le passage en 2001, à la veille de la présidentielle qui l’a vu quitter la scène politique, Lionel Jospin n’avait présenté ses vœux que par écrit, dans le Journal du Dimanche, se souvient le spécialiste des vœux présidentiels. Avant qu’Internet se démocratise, les vœux étaient «beaucoup moins courants qu’aujourd’hui, en tout cas leur visibilité était bien moindre». Aujourd’hui en politique, ce sont les vœux du Nouvel An qui se démocratisent.

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