Le secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, Pierre Lellouche, le 9 décembre 2011, à la Havane (Cuba).
Le secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, Pierre Lellouche, le 9 décembre 2011, à la Havane (Cuba). - E. DE LA OSA / REUTERS

D'éventuelles sanctions commerciales turques contre la France, envisagées par Ankara après le vote d'une loi sur le génocide arménien, seraient illégales, a estimé ce mercredi le secrétaire d'Etat au Commerce extérieur Pierre Lellouche.

La Turquie a rappelé son ambassadeur et promis des représailles économiques dès l'adoption le 22 décembre par l'Assemblée nationale d'une loi faisant de la négation du génocide arménien de 1915 un délit pénal passible d'un an de prison et 45.000 euros d'amende.

«Il est hors de question pour qui que ce soit de discriminer les sociétés françaises»

Pierre Lellouche, tout en appelant à la «désescalade», a prévenu Ankara sur France 2. «Je ne souhaite pas que les Turcs s'embarquent dans une affaire de ce genre, parce que ce serait proprement illégal», a-t-il dit. Il a rappelé que la Turquie était membre de l'Organisation mondiale du commerce et avait un accord de libre-échange avec l'Union européenne. «Il est hors de question pour qui que ce soit de discriminer les sociétés françaises», a-t-il dit.

Cette loi, dont l'adoption avait été annoncée par Nicolas Sarkozy lors d'une récente visite en Arménie, est critiquée en France par certains élus de droite comme de gauche. Des dirigeants politiques et des historiens estiment que ce problème ne concerne ni la France, ni le domaine de la loi, et soulignent que la loi présente l'inconvénient majeur d'indisposer un pays en très forte croissance économique, stratégique diplomatiquement et militairement dans la région.

«Un hommage aux victimes»

Pierre Lellouche a justifié à nouveau la loi. «Ce que la France fait depuis dix ans, c'est simplement un hommage aux victimes et affirmer notre voie en matière de droits de l'homme», a-t-il dit. «Le gouvernement turc actuel n'a rien à voir avec ce qui s'est passé en 1915. Il faut donc trouver une sortie de crise», a-t-il cependant ajouté.

Prié de dire s'il souhaitait que le Sénat inscrive ce texte à son ordre du jour avant la fin de la session parlementaire en février, il ne s'est pas prononcé. Le Sénat doit voter le texte pour qu'il devienne effectif. La Turquie nie tout «génocide» sur les Arméniens en 1915 mais reconnaît des «massacres» qu'elle lie à la Première guerre mondiale. L'historien français Pierre Nora a estimé dans Le Monde daté de mercredi qu'il s'agissait essentiellement d'un problème de sémantique.

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