Édouard Balladur à l'Assemblée nationale, le 5 mai 2010.
Édouard Balladur à l'Assemblée nationale, le 5 mai 2010. - REUTERS/Jacky Naegelen

Avec Reuters

La validation des comptes de campagne d'Edouard Balladur lors de la présidentielle de 1995 s'est faite en fermant les yeux sur des irrégularités manifestes, au nom de la «raison d'Etat», déclare un ancien membre du Conseil constitutionnel.

Cet épisode, durant lequel des sommes importantes en espèces d'origine mystérieuse -l'équivalent de plus de trois millions d'euros- ont été «oubliées» par cet organe malgré l'opposition des rapporteurs, était connu, mais les déclarations de Jacques Robert sont particulièrement amères. «Nous nous sommes dispersés sans un mot, avec le sentiment que la raison d'Etat l'avait emporté sur le droit», dit ce juriste qui fut membre du Conseil de 1989 à 1998, dans un entretien publié dans le Parisien de jeudi.

«Nous avons servi de caution à une belle entourloupe»

C'est Roland Dumas, président socialiste du Conseil constitutionnel de l'époque, qui a obtenu que les «Sages» ferment les yeux sur ces comptes, confirme-t-il. «Mon impression, c'est que Roland Dumas, Jacques Chirac et Edouard Balldur se tenaient à l'époque par la barbichette. Et que nous avons servi de caution à une belle entourloupe», se souvient le témoin. Les comptes de campagne de Jacques Chirac ont aussi été validés alors qu'ils étaient aussi irréguliers, précise-t-il.

Deux juges d'instruction s'intéressent aujourd'hui à cet épisode dans le cadre d'une enquête visant le possible détournement de commissions légales convenues en marge d'une vente de sous-marins au Pakistan (84 millions d'euros) et de frégates en Arabie saoudite (200 millions d'euros), quand Edouard Balladur était Premier ministre (1993-1995). L'enquête judiciaire ouvre l'hypothèse d'un retour en France d'une partie de cet argent via des comptes «off shore» au Luxembourg et, in fine, des retraits d'espèces en Suisse. Les juges ont interrogé le Conseil constitutionnel et Roland Dumas sur les circonstances de la validation des comptes mais se sont vus opposer le secret du délibéré.

Vente de tee-shirts et de gadgets

Edouard Balladur avait expliqué les espèces de sa campagne par des ventes de tee-shirts et de gadgets, ou par des dons de sympathisants. Il doit justifier aujourd'hui devant les juges, qui pourraient l'interroger, l'achat au comptant à Tourgéville (Calvados) en 1996 d'une maison de 13 pièces avec salle de projection, tennis et piscine pour 7,3 millions de francs (1,1 million d'euros).