Martine Aubry (PS) et Cécile Duflot (EELV) lors d'une conférence de presse à Paris, le 18 mars 2010.
Martine Aubry (PS) et Cécile Duflot (EELV) lors d'une conférence de presse à Paris, le 18 mars 2010. - FACELLY/SIPA

Nicolas Bégasse

Les désaccords réglés: combustible MOX et réduction du nucléaire

L’accord conclu mardi entre Europe Ecologie-Les Verts et le Parti socialiste avait pour but d’accorder les violons des deux partis sur certains points de discorde. Parmi les accords trouvés, il y a la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% d’ici à 2025, et la fermeture dans les mêmes délais de 24 réacteurs nucléaires. Côté politique, les deux partis se sont entendus sur le chiffre de 10% des circonscriptions qui seront accordés à EELV aux législatives de 2012.

Mais ce même accord, censé apaiser les relations entre PS et EELV, a ironiquement fait redoubler la tension quand les écologistes se sont rendu compte qu’un paragraphe du volet nucléaire de la négociation avait disparu. Il prévoyait la reconversion à taux d’emploi constant de la filière MOX, un combustible nucléaire hybride plus radioactif que le combustible classique mais moins cher à produire. Areva, fleuron français de l’énergie nucléaire, a admis être intervenu auprès du PS à ce sujet.

A la suite du passage sur TF1 mercredi soir de François Hollande, affirmant être «pour qu’il y ait encore du retraitement du combustible (MOX)» et ce «pendant le temps nécessaire», la situation est restée floue jeudi sur la véritable position du PS, laissant place dans la journée aux déclarations peu amicales entre les deux partis de gauche. Jusqu’à un communiqué commun de leurs négociateurs, Michel Sapin (PS) et Jean-Vincent Placé (EELV), diffusé dans l’après-midi, rétablissant le paragraphe supprimé et en précisant le sens.

Les désaccords à régler: «parachutages» à Paris et Lyon

L’accord passé mardi a créé une autre source de tension, cette fois sur le plan politique. A Paris et à Lyon, des circonscriptions «offertes» aux écologistes par la direction du PS font grincer des dents chez les élus des deux villes. A Paris, notamment, l’accord prévoit de «parachuter» Cécile Duflot (originaire du Val-de-Marne) dans la 6e circonscription de la capitale, réputée ingagnable par l’UMP et tenue depuis 2002 par la députée (PS) Danièle Hoffman-Rispal, priée de laisser sa place aux prochaines législatives.

Celle-ci a vu rouge. Contactée par 20 Minutes, elle a averti: «Cela fait 37 ans que je milite dans la même fédération du 11e et on veut me virer au bout de mon deuxième mandat? Je me battrai jusqu’au bout». Soutenue par la fédération PS de Paris, Bertrand Delanoë en tête, elle demande la révision sur ce point de l’accord passé avec EELV. La fédération a d’ailleurs adopté mercredi soir à l’unanimité une motion demandant cette révision. Comme un avertissement à la direction du parti: si elle persiste, il pourrait y avoir dissidence.

De son côté Gérard Collomb, le maire de Lyon (Rhône), où un candidat EELV a aussi été imposé par la direction du PS, prévient: il imagine mal «commencer une campagne électorale sans l’accord des maires de Paris et de Lyon». Vient ainsi s’ajouter aux tensions entre le PS et EELV une discorde inter-PS, qui risque de perturber le lancement de la campagne de François Hollande.

Les désaccords oubliés: fermeture d’EPR et avortement d’aéroport

Pour éviter plus de problèmes entre les deux partis, l’accord de mardi a fait l’impasse sur plusieurs pommes de discorde. Parmi elles, la fermeture de l’EPR (réacteur nucléaire de 3e génération) de Flammanville, que les écologistes veulent condamner contre l’avis des socialistes. Autre sujet mis de côté: le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, soutenu par l’élu local Jean-Marc Ayrault, membre de l’équipe de campagne de François Hollande, mais auquel EELV est farouchement opposé.

Eva Joly, tout en se félicitant mardi de la signature de l’accord, l’avait d’ailleurs qualifié d’«accord a minima», soulignant que les négociateurs avaient «exclu ce qui était difficile, l'EPR et Notre-Dame-des-Landes». La candidate EELV à la présidentielle, à la suite des tensions de mercredi et jeudi, a d’ailleurs décidé d’annuler ses rendez-vous médiatiques immédiats. Pour s’accorder «un délai de réflexion», selon Noël Mamère. L’accord, qui devait rapprocher les deux partis pour la présidentielle et les législatives, a peut-être plutôt servi, sur certains points, à les éloigner.