Affaire Karachi: Ziad Takieddine se défend d’avoir «porté des valises bourrées de billets»

CORRUPTION L'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine, mis en cause dans un des volets de l'affaire Karachi, se défend dans un entretien...

A.-L.B.

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L'homme d'affaires Ziad Takieddine.

L'homme d'affaires Ziad Takieddine. — DESSONS / JDD / SIPA

Se défendre à tout prix: Ziad Takieddine, mis en examen le 14 septembre dans le dossier judiciaire mêlant ventes d'armes au Pakistan et à l'Arabie saoudite et soupçons de financement occulte de la campagne balladurienne pour l'élection présidentielle de 1995, s’est ouvert à Lexpress.fr ce vendredi.

Dans cet entretien, l’homme d’affaires sulfureux raconte son audition, le 5 octobre dernier, par le juge Van Ruymbeke, à propos de l'affaire Karachi: «Je lui ai répété que je n’avais jamais porté de valises bourrées de billets pour qui que ce soit! Le juge sait que je n'ai rien à voir avec la société Mercor [qui aurait touché une partie des commissions liées à la vente de trois sous-marins au Pakistan en 1994]. J'accuse les responsables de la Direction des constructions navales [DCN] d'avoir falsifié le document que j'ai soi-disant signé».

«Pas d’intervention spécifique» dans un contrat de vente d’armes

Affirmant avoir «déposé une plainte pour faux il y a plusieurs mois» pour cette supposée falsification, il ajoute qu’«une expertise graphologique, en cours, pourra le prouver». L’homme affirme en outre ne pas croire «à la thèse des rétrocommissions, et surtout pas ce que leur suspension aurait provoqué», c’est-à-dire à l’attentat de Karachi, le 8 mai 2002, causant la mort de onze employés de la DCN.

Concernant le contrat Sawari II, portant sur la vente de frégates à l'Arabie saoudite en 1994, Ziad Takieddine explique n’être pas «intervenu spécifiquement dans le contrat» mais explique que des commissions «ont bien été payées par les Saoudiens à la Sofresa [la société qui supervisait les ventes d'armes de l'Etat français]».

Répondant aux accusations de l'épouse de Thierry Gaubert, ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, qui affirme que l’homme d’affaires a rapporté des sacoches d'argent de Suisse pour les livrer à Nicolas Bazire, directeur de campagne d'Edouard Balladur en 1995, Ziad Takieddine répond: «Hélène Gaubert est une femme fragile, que mon ex-épouse a manipulée. N'a-t-elle pas dit qu'elle voulait juste embêter son mari?» 

Rappel de son action pour l’Etat

Sur ces relations avec Nicolas Bazire, un proche du président de la République, Ziad Takieddine affirme qu’il l’a «vu quatre ou cinq fois, avant et pendant la visite d'Edouard Balladur en Arabie saoudite, en janvier 1994. D'ailleurs, à la suite de ce voyage au cours duquel le Premier ministre a été déçu de ne pas signer le contrat Sawari, Bazire a refusé de me prendre au téléphone pendant sept mois...»

Quant à la réaction du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, qui a pris ses distances avec lui, l’homme d’affaires s’interroge: «Claude Guéant serait-il lui aussi frappé d'anosognosie*? Mon rôle a été bien réel dans la libération des infirmières bulgares, dans le rapprochement franco-libyen, dans le contrat Miksa de surveillance des frontières de l'Arabie saoudite ou en Syrie. Je suis triste quand il parle de ‘délire’, humainement, ça me touche. Mais je sais ce que j'ai fait». 

*Maladie de la mémoire dont souffrirait Jacques Chirac

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