Nicolas Sarkozy, le 31 août 2011, lors de la conférence annuelle des ambassadeurs de France, à Paris.
Nicolas Sarkozy, le 31 août 2011, lors de la conférence annuelle des ambassadeurs de France, à Paris. - P.WOJAZER / REUTERS

Anne-Laëtitia Béraud

Après les déclarations de l’avocat Robert Bourgi, accusant la présidence de Jacques Chirac d’avoir reçu des financements occultes en provenance d’Afrique, certains assurent, ce lundi, que cette pratique ne s’est pas arrêtée avec l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Ce dernier avait fait de la «rupture» de la politique française en Afrique l’un de ses arguments de campagne, avant d'adresser, sitôt élu, plusieurs discours fondateurs de cette nouvelle politique.

Pierre Péan, auteur d’une enquête sur la corruption dans l'Etat intitulée République des mallettes, l’affirme à Marianne: «l'arbre Villepin ne doit pas cacher la forêt (…). J'ai aussi interrogé Michel de Bonnecorse, le «Monsieur Afrique» de Chirac. Ce dernier affirme que, Robert Bourgi, ayant compris que Dominique de Villepin était «cuit» politiquement, a acheminé vers Nicolas Sarozy non seulement l'argent de Sassou et Bongo qui lui était destiné, mais y a ajouté également les sommes qui devaient aller dans l'escarcelle de Dominique Villepin».

«Rien ne s’est arrêté avec Nicolas Sarkozy à l’Elysée»

Le journaliste enfonce le clou: « Il serait très étonnant que des systèmes de financement occultes et illicites mis en place depuis une vingtaine d'années, comme le montrent le dossier Clearstream ainsi que d'autres affaires judiciaires, se soient brusquement arrêtés au moment de la candidature de Nicolas Sarkozy en 2007. (…) Je sais bien que le financement occulte a continué après 2007: les péripéties financières autour de la libération des infirmières bulgares en juillet 2007 laissent perplexes (...) Si on lit bien mon livre, je ne vois pas comment les hommes de Nicolas Sarkozy pourraient passer à travers les mailles du filet».

Jean-François Probst, un homme du chiraquisme spécialiste de l’Afrique, accuse lui aussi. A la question du Parisien, lui demandant si les pratiques de «valises de billets» entre l’Afrique et la France se sont arrêtées avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, il répond: «Ce n’est pas crédible. C’est même le plus gros mensonge de sa vie. Rien ne s’est arrêté avec Sarkozy, qui avait pourtant prôné la rupture».

Accusations sur Claude Guéant

Ajoutant que «Bourgi s'est dépensé sans compter pour Sarkozy auprès de nombreux chefs d'Etats africains lors de la présidentielle de 2007», Jean-François Probst en outre qu’en 2007, Robert Bourgi «a refait un deal avec Omar Bongo [président gabonais ndlr], qui lui aurait donné - dit-on - 1 milliard de francs CFA», soit environ 1,5 million d'euros. Pour Jean-François Probst, «Le dernier interlocuteur de Bourgi à l’Elysée, c’était Claude Guéant, alors secrétaire général de la présidence».

Quant au socialiste Laurent Fabius, il a déclaré Claude Guéant, actuel ministre de l’Intérieur, avait admis des conversations sur les financements chiraquiens entre l'avocat Robert Bourgi et Nicolas Sarkozy.