RSA et travail d'intérêt général: La France va-t-elle finir par copier ses voisins européens?

72 contributions
Publié le 10 mai 2011.

SOCIAL – La Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Suède ou le Danemark conditionnent déjà l'attribution des aides publiques à une activité bénévole...

Conditionner l’octroi du RSA à cinq heures de travail d’intérêt général par semaine. C’est l’idée lancée cette semaine par Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, pour lutter contre ce qu’il appelle «l’assistanat». Une proposition de loi doit être déposée en ce sens dans les dix jours qui viennent.

A droite, l’idée n’est pas nouvelle. Elle avait été formulée noir sur blanc par Nicolas Sarkozy dans son programme de 2007. Puis reprise récemment par un député UMP de Moselle, Pierre Lang, qui souhaitait dans une proposition de loi déposée fin mars «obliger» les «chômeurs indemnisés depuis plus de six mois» et les «bénéficiaires du revenu de solidarité active» (RSA) à effectuer des «travaux d'intérêt général». 

Le job à 1 euro en Allemagne

Certains dans la majorité souhaiteraient donc voir l’idée se concrétiser, comme en Grande Bretagne. En pleine cure d’austérité, le gouvernement britannique n’a pas hésité à contraindre ses chômeurs de longue durée à travailler gratuitement pour la collectivité (ramassage d'ordures, balayage des rues, entretien des parcs et jardins…). Pour conserver leur allocation hebdomadaire de 65 livres sterling (75 euros), ces derniers doivent effectuer pendant un mois au moins 30 heures de travail par semaine.

En Allemagne, le «job à 1 euro» est en vigueur depuis 2005. Les allocations chômage sont limitées à un an. Au-delà, les demandeurs d’emploi sont pris en charge par le programme Hartz IV. Ils perçoivent l’équivalent du RSA (environ 350 euros pour un adulte) et en échange se voient proposer des petits boulots payés un euro de l’heure, le plus souvent dans le secteur social ou public. Comme le rappelait Libération, ce système, très décrié car il entretient les personnes défavorisées dans la spirale de la précarité, est devenu si impopulaire qu’il a coûté sa réélection à Gerhard Schröder fin 2005.

Le modèle suédois ou danois

«Il faudrait dire à Wauquiez que ce débat a eu lieu en Allemagne et ils n'y sont pas arrivés parce que le problème du chômage, c'est que les chômeurs ont besoin d'une aide, c'est la base de la solidarité, et pour les amener à travailler, les travaux d'intérêt général ne s'organisent pas de cette manière», a rappelé Daniel Cohn-Bendit (Europe Ecologie- Les Verts) sur sur Canal+ ce mardi.

L’expérience semble plus réussie au Danemark ou en Suède, où l’accomplissement de travaux d’intérêt général ou d’un stage est la condition au maintien d’une allocation après trois ou quatre mois sans activité, rappelle l’Alsace ce mardi, soulignant que ces deux pays apparaissent comme des modèles d’Etats-providence d’origine sociale-démocrate.  

Le gouvernement français réticent

Pas sûr que ce modèle puisse s’importer en France. Plusieurs membres du gouvernement actuel en doutent. Interrogé sur la décision de David Cameron de mettre en place une expérience de ce type, Benoist Apparu, alors secrétaire d’Etat à la Fonction publique, s’était dit séduit par le principe mais sceptique sur sa mise en place. «C'est très compliqué à organiser. Parce que quand vous avez deux millions, trois millions de chômeurs (...), trouver une activité de trente heures par semaine pour trois millions de personnes, c'est quelque chose d'excessivement compliqué à organiser».

Même Xavier Bertrand, qui avait défendu cette proposition en 2007, serait contre aujourd’hui. «Nous avons en France un dispositif de contrats aidés qui répond bien au problème de la perte de contact avec le marché du travail», avait expliqué l'entourage du ministre du Travail au Figaro début avril. Egalement désavoué par la ministre des Solidarités, Roselyne Bachelot, Laurent Wauquiez se retrouve donc bien seul. Ce dernier se serait fait le porte-voix de militants UMP. Et pourquoi pas de l’Elysée, qui n’est pas à son premier «ballon d’essai» de ce type. 

Catherine Fournier
publicité
publicité
publicité

publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr