La percée du Parti des Vrais Finnois lors des législatives de ce week-end en Finlande rappellent que l’extrême droite voit son audience s’élargir en Europe depuis une dizaine d’années, dans des pays prospères ou en pleine crise économique. Pour deux raisons principales, assure Pascal Perrineau, directeur du Cevipof et spécialiste de l’extrême droite.
«Il y a eu une mutation socio-économique énorme, avec le passage des sociétés industrielles à une société post-industrielle», avec ses corolaires «chômage de masse» et «délocalisation de pans entiers de l’industrie» qui n’ont pas été réglés. L’autre facteur, c’est l’interrogation identitaire, de plus en plus prégnante. «Qu’est-ce qui fait “le vivre ensemble” et l’identité des sociétés de plus en plus ouvertes au niveau politique, social, culturel et religieux ?» détaille le chercheur. A ces problèmes, les partis traditionnels peinent à apporter des réponses, tandis que les formations d’extrême droite, «ministères de la parole», font dans «la gestion des inquiétudes». Mais tous ces partis ne se ressemblent pas. 20minutes.fr fait le point.
L’extrême droite moderne
«C’est l’extrême droite post-industrielle qui s’est adaptée aux inquiétudes et aux malaises des sociétés», explique Pascal Perrineau. Ses têtes de proue, ce sont Marine Le Pen en France, Geert Wilders, président du PVV aux Pays-Bas ou Toni Brunner, président de l’UDC en Suisse. Des politiques plutôt jeunes, plutôt ouverts sur les questions de société –Geert Wilders revendique son homosexualité et Marine Le Pen défend le droit à l’avortement– et au visage souriant, ce qui aboutit en France à la dédiabolisation du FN. Il n’y a pas de portrait-robot type, prévient toutefois Pascal Perrineau, mais tous «sont très charismatiques». Comme Timo Soini, le leader des Vrais Finnois, qui porte à lui seul le succès de son parti, comme Marine Le Pen en France. «Ce sont des partis qui veulent s’inscrire dans le jeu démocratique. Ils veulent exploiter le malaise de la classe ouvrière», notamment les «inquiétudes liées à l’ouverture des sociétés».
Ce qui les rassemble depuis quelques années, c’est l’islamophobie. Ces partis restent «chargés en nationalisme et en xénophobie, à des degrés divers», prévient le chercheur. Mais le racisme anti-étranger devient un racisme anti-islam et se déguise derrière un combat pour la défense des valeurs libérales de la société, comme l’avait expliqué à 20 Minutes le sociologue Sylvain Crépon. Exemple typique en France: la laïcité. Au niveau économique, c’est «le syncrétisme» qui prévaut, avec des mesures de gauche, pour attirer les ouvriers et des positions à droite, notamment sur la fiscalité, pour conserver leur électorat traditionnel. Au final, ce sont moins des partis d’extrême droite traditionnels mais des formations relevant du «national-populisme», concept développé par Pierre-André Taguieff, insiste Pascal Perrineau.
L’extrême droite traditionnelle
Celle qui est «dans la nostalgie des régimes autoritaires» comme les Phalanges en Espagne, les néo-fascistes du MSI en Italie ou le NPD allemand. On en trouve aussi en Suède, de manière résiduelle. Ce modèle-là est en panne au niveau électoral et ne fait que des «scores marginaux», note Pascal Perrineau.
L’extrême droite spécifique de l’Europe centrale et orientale
Ces formations sont souvent plus radicales. Leur discours plus violent envers les immigrés. Elles sont marquées par «le problème spécifique des minorités et des délimitations de frontières» après la Première Guerre mondiale. En Roumanie, en Hongrie, en Bulgarie, en Slovaquie, il y a des revendications territoriales et les mythes de «la Grande Hongrie» ou de la «Grande Roumanie» sont portés par ces partis. «C’est une extrême droite assez antisémite, c’est liée à leur histoire particulière», rappelle Pascal Perrineau. Les Roms, minorité présente dans nombre de ces pays, sont également l’une de leur principale cible.
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