Un bulletin de vote du Front national, dans la ville de Schiltigheim (Alsace), lors du second tour des élections cantonales le 27 mars 2011.
Un bulletin de vote du Front national, dans la ville de Schiltigheim (Alsace), lors du second tour des élections cantonales le 27 mars 2011. - V. KESSLER / REUTERS

Anne-Laëtitia Béraud

Le Front national a-t-il remporté une victoire, dimanche soir, lors du deuxième tour des cantonales? Il a rassemblé plus de 900.000 voix sur ses candidats, mais n’a finalement emporté que deux sièges de conseillers généraux. Crédité d'un score national de 11,73%, le parti n'était présent que dans environ 402 cantons sur 1.566. C’est-à-dire qu’en moyenne, il a obtenu 40% des voix là où il avait un candidat. Pour Arnaud Mercier, professeur à l’université de Metz, le constat est limpide: «La percée est majeure, une digue a sauté dimanche soir», selon le politologue.

Une «vraie mobilisation» que souligne également François Miquet-Marty, directeur associé de Viavoice, «car le FN a réussi à fédérer au-delà de son propre électorat. La nouveauté est qu’il a réussi à mobiliser entre les deux tours électoraux». Et pourtant, il y avait des obstacles: le mode de scrutin majoritaire à deux tours ne joue pas en faveur des partis sans alliance comme le FN. Autre difficulté: «les cantonales sont typiquement une élection de petits notables locaux. Hors, le Front national n’en a pas, et a placé des inconnus qui ont parfois refusé de montrer leur visage», s’exclame Arnaud Mercier, «ce qui ne les a pas empêché d’obtenir 40% des voix».

«Une lepénisation des esprits? Une hérésie»

Selon les calculs du Front national, le parti, qui a profité d’une «vague bleu Marine» a progressé de 10 à 15 points, avec un gain de plus de 300.000 voix. «L’effet Marine Le Pen a joué. Moins radicale que son père dans ses propos, elle a notamment attiré le vote des femmes, en se la jouant moins virile que son père», continue Arnaud Mercier. Un gain de voix obtenu grâce aux électeurs de l’UMP.

Mais au vu des scores de ces élections, peut-on parler de vote d’adhésion, comme le soutient le FN et nombre de commentateurs? «Absolument pas, c’est une hérésie!», s’insurge Arnaud Mercier. «Parler de lepénisation des esprits est stupide. Premièrement, c’est l’abstention qui a gagné. Ensuite, on est en face d’un vote de désespérance sociale et politique», ajoute-t-il. Et le politologue de s’exclamer: «Nicolas Sarkozy a oublié qu’en 2007, il s’est fait élire car il incarnait le président du pouvoir d’achat. Pas sur les relents identitaires. Nous sommes dans une période pessimiste, où les individus ont peur du futur. En votant FN dimanche, les électeurs ont crié au politique «Ecoutez-nous!».

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