Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a défendu ce lundi son maintien à la tête de la mairie de Bordeaux, pointé du doigt par François Fillon, en assurant que son équipe pourrait l'y suppléer. Le Premier ministre a relevé dans la matinée sur RTL qu'Alain Juppé cumulait la mairie d'une grande ville et son ministère. «Je ne lui demanderai pas d'abandonner la mairie de Bordeaux. Maintenant, il est incontestable, et Alain Juppé le sait, que c'est un poste qui, par les déplacements qu'il impose, fera en sorte qu'il sera moins présent à Bordeaux», a-t-il dit.
Lors d'une conférence de presse dans sa ville, Alain Juppé a répliqué que d'autres membres du gouvernement, en particulier François Fillon lui-même, cumulaient leurs postes ministériels avec des fonctions exécutives locales. «Il n'y a aucune règle qui interdise à un ministre d'exercer un mandat local et le nombre de mes collègues qui se trouvent dans cette situation est considérable, y compris d'ailleurs le Premier ministre», a déclaré Alain Juppé à la presse.
Il a expliqué qu'il exerçait déjà ce cumul depuis son retour au gouvernement, au poste de ministre de la Défense, depuis novembre. «Je fais surtout confiance à moi-même pour organiser mon emploi du temps», a-t-il dit. Le maire de Bordeaux a mentionné explicitement la présidence de la communauté de communes de Sablé-sur-Sarthe exercée par François Fillon, lui répondant ainsi indirectement.
La question n'est pas nouvelle pour Alain Juppé, qui a déjà dans le passé cumulé, malgré les critiques, le poste de Premier ministre et celui de maire de Bordeaux en 1995-1997. En 2007, après avoir été battu aux élections législatives, il avait dû abandonner un poste de ministre de l'Ecologie dans le premier gouvernement Fillon, promettant alors à ses concitoyens bordelais d'être «un maire à plein temps».
Ce dossier du cumul des mandats, une exception française dans les démocraties continentales, est plus généralement récurrent dans la vie politique du pays. Lors du dernier passage de la gauche au pouvoir entre 1997 et 2002, le Premier ministre socialiste Lionel Jospin avait interdit aux membres de son gouvernement d'occuper des fonctions exécutives locales, avant toutefois de permettre en 2001 à certains d'entre eux de se présenter aux élections municipales.
L'usage a été rompu en 2002, puis en 2007, plusieurs ministres cumulant leur portefeuille avec la direction de villes importantes, comme par exemple le maire de Nice, Christian Estrosi, ministre de l'Industrie en 2009-2010.