Garder ou non Michèle Alliot-Marie? Et donc remanier ou non après les cantonales? C’est la question posée actuellement à l’Elysée par quelques grognards de la majorité relayant les inquiétudes de la base. «Je pense qu'il faudra une relance politique après les élections cantonales», a déclaré Jean-Pierre Raffarin mardi sur Europe 1. Bernard Debré l’a rejoint, réclamant un remaniement après les élections de mars.
C’est surtout le cas de MAM qui occupe la majorité. «Nous avons un problème avec la politique étrangère. La voix de la France est effacée, affaiblie. Michèle Alliot-Marie a mal géré, c’est le moins qu’on puisse dire, le dossier tunisien, avec des connivences qui ne sont pas de bon aloi», tacle le député UMP Bernard Debré. «Il y a un moment de flottement actuellement, il faut y mettre un terme rapidement», ajoute-t-il auprès de 20minutes.fr. «Michèle Alliot-Marie, l’ambassadeur Boris Boillon… En ce moment, c’est un truc toutes les semaines. Les gens ne parlent plus de politiques mais d’affaires», râle Lionel Tardy, joint par téléphone.
«Il faut un gouvernement de combat, resserré, cohérent», pointe celui qui n’en peut plus de «la cacophonie gouvernementale» sur de nombreux sujets, comme l’ISF. «Il ne faut pas que ce soit une politique de la chaise tournante» et que «la compétence prime», ajoute-t-il, assurant relayer «l’angoisse» de nombre de ses collègues qui ont peur de payer les pots cassés lors des cantonales. L’un d’entre eux, auprès de Reuters, a même lancé anonymement un: «Il faut qu'elle dégage.»
Officiellement, l’Elysée soutient Michèle Alliot-Marie et il n’est pas prévu qu’elle soit exfiltrée du gouvernement. Même si les noms de Bruno Le Maire, Alain Juppé ou Laurent Wauquiez circulent pour la remplacer et que ces derniers démentent mollement.
Reste que le scénario prônant le maintien de Michèle Alliot-Marie a de chauds partisans au sein de la majorité. «Jamais un remaniement n’a inversé le cours d’une élection», a assuré à 20minutes.fr Dominique Paillé. «Politiquement, ça n’a pas de sens. Si c’est le même Premier ministre, on poursuit la même politique et donc il n’y a pas d’électrochoc. Si on change totalement d’hommes, donc on change de politique et ce serait un aveu d’échec de la politique menée de puis quatre ans. A un an de la présidentielle, c’est très dangereux», analyse-t-il. D’autant, assure l’ancien porte-parole de l’UMP, que Nicolas Sarkozy «ne fait jamais les choses à chaud». Michèle Alliot-Marie doit donc rester là où elle est. «Il faut de la stabilité et de la lisibilité dans la ligne politique», exhorte-t-il.
Au-delà du cas MAM, qui tient du symbole, certains sont inquiets de ce début d’année 2011. Les sondages sont toujours aussi mauvais, le second souffle espéré après le remaniement de novembre n’a pas eu lieu, et l'opération représidentialisation s'abîme dans les affres de la diplomatie française. «On était dans une séquence qui devait lui permettre de prendre de la hauteur, l’international, avec la défense, ce sont les domaines reservés du chef de l’Etat. Et là…, soupire Lionel Tardy. C’est très embêtant pour 2012».